L’humanisme au pouvoir?

À Montréal il y a quelques jours, une poignée de privilégiés ont pu entendre une allocution de 30 minutes de Barack Obama. Fidèle à sa réputation d’orateur de tout premier ordre, il a livré un message intelligent et impeccablement structuré. Mais surtout, il a rappelé la nécessité d’organiser le monde de manière à ce que chacun puisse aspirer au bonheur.

Il a d’abord constaté que les sociétés occidentales offrent sécurité, liberté, richesse, espérance de vie et respect des droits individuels à un niveau jamais atteint dans l’histoire de l’humanité. Et pourtant, les inégalités persistent, et l’écart se creuse sans cesse entre ceux qui ont tout et tous les autres qui n’ont rien. Évidemment, ça fait des jaloux. De l’envie au ressentiment, du ressentiment à la révolte, il n’y a que quelques pas.

Devant ce constat, on peut réagir en protégeant jalousement ses privilèges. Des communautés fermées avec un gardien costaud à la barrière pour les riches, des ghettos de HLM avec des rondes policières aux deux heures pour les pauvres. Idéalement, un mur entre les deux. C’est un système valable à la fois pour les individus et pour les nations.

Et puis il y a l’autre façon. Celle qui dit qu’en se tassant un peu, on peut toujours faire de la place. Comme dans un party de Noël, y aura de la dinde pour tout le monde, parce qu’on a fait tellement de bouffe de toute façon qu’on pourra jamais tout finir. Celle qui choisit de partager son bonheur, pour le multiplier. Un partage équitable, où chacun s’épanouit pour faire profiter la communauté de ses compétences.

Obama a été organisateur communautaire. Il sait les ravages créés par les inégalités, de droits ou économiques. Il sait la nécessité de réduire ces écarts entre les privilégiés du système et ceux qui sont au bas de l’échelle. Autant à l’intérieur de cette société qu’en créant des alliances entre nations qui assurent la prospérité de chacun.

Il a parlé de bâtir l’avenir sur des valeurs d’empathie, de règles de droit et d’humanisme. Il y a vu la seule façon d’être prospères et en paix. Je vois des sourires en coin s’épanouir, des sourcils se soulever, des violons sortir de leur étui et la boîte aux sarcasmes s’ouvrir pour me dire que je vis dans un monde de licornes et de câlinours. Oui, oui, je sais, les marchands d’armes, les paradis fiscaux, la corruption, l’ambition, l’égoïsme… les humains, quoi. Il faut être fou pour penser arriver à l’utopie d’un monde où chacun aurait une chance raisonnable d’atteindre le bonheur.

Mais est-il plus simple de constater le désastre, de baisser les bras devant l’inéluctable médiocrité de la race humaine et de continuer comme on a toujours fait? Les inégalités, ça coûte cher à gérer, et on ne sait jamais quand le couvercle de la marmite va sauter, c’est pas bon pour le commerce. Et surtout, depuis le temps que ce modèle prouve, guerre après guerre, crises après crise, qu’il ne fonctionne pas, ne serait-il pas temps d’essayer autre chose?

Monsieur Obama a affirmé la nécessité de construire l’avenir sur des valeurs d’humanisme, de paix, d’empathie, de confiance. Ces valeurs sont universelles, pourquoi ne pas les mettre en pratique pour une fois? On n’a pas vraiment grand-chose à perdre. Chacun dans la mesure de ses moyens évidemment.

Ceux du président sortant sont immenses et il peut se permettre d’avoir de l’ambition : fondation pour former de meilleurs citoyens et de meilleurs leaders, collaboration mondiale et financement assuré à grands coups de conférences bien rémunérées. Mais ce que je retiens surtout, c’est que ces moyens colossaux auraient pu servir à épaissir à l’infini le coussin qui protège la famille présidentielle de la misère. Ils serviront plutôt à réduire l’inégalité des chances pour de nombreux citoyens états-uniens et d’ailleurs. Je retiens qu’Obama a choisi de parler du possible, et d’agir en conséquence.

Je préfère ça.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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8 commentaires

  1. avatar Par : Marie Marchand

    S’il avait pu rester encore un peu….

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Ça nous permet au moins de mesurer à quel point l’évolution est un lent, très lent processus…

  2. avatar Par : Denyse R

    Moi je vois les humains comme un groupe dans une échelle appuyée sur un arbre fruitier. Ceux d’en haut peuvent manger ce qu’ils voient et laisser tomber des fruits en bas pour permettre aux derniers d’y goûter. Ceux du milieu attrapent au passage quelques fruits s’en nourrissent, mais leur vrai rôle est de maintenir l’échelle en équilibre pour que tous et chacun ne s’écrasent pas…….Wow!!!! j’ai le cerveau en feu à matin…..

    • avatar Par : Éliane Vincent

      L’image parle fort en effet, sauf que dans les faits, non seulement ceux qui tiennent l’échelle ont les mains trop occupées pour profiter des fruits qui passent, mais ceux sur le barreau d’en-dessous se font dire d’arrêter de secouer l’arbre pour faire tomber plus de fruits, c’est dangereux pour ceux d’en haut. Et malheur aux resquilleurs qui oseraient grimper aux branches…

  3. avatar Par : Ton papi

    Je crois avoir trouvé un embryon de solution:
    Si les futurs présidents américains étaient de clones ou au moins des émules d’Obama, les USA et le monde ne s’en porteraient que mieux.
    Maintenant, comment réaliser ce projet: trouver quelqu’un capable d’influencer Donald à décréter ou même légiférer? Peut-être Mélania pourrait lui susurer dans l’oreille une telle utopie?
    Trouver quelqu’un pour la convaincre devrait être un jeu d’enfant.
    Une fois ce scénario bien implanté, il ne reste qu’à faire la même chose avec la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie, jusqu’au Vatican.
    Impossible, tu me diras?
    Pourquoi ne pas essayer, je te réponds.
    Qui eût pensé que le sort du monde était dans les douces mains de Mélania?
    Je cours faire breveter mon plan.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Comment n’y ai-je pas pensé moi-même? Voilà que le monde est sauvé et c’est grâce à toi. Tu reviendras nous faire un compte rendu dès que tu auras parlé à Melania, n’est-ce pas?

  4. avatar Par : La Nonna

    Même toute jeune je me faisais la défenderesse des vieux et des « pas comme les autres ». Avec le temps mes espérances d’un monde égalitaire reste chaudement vivant au fond de mon coeur…va peut être falloir que je revienne…le temps passe. Mieux vaut voir la beauté d’un être comme Obama et se ranger du côté du possible. C’est plus plaisant à vivre.

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