Le vivre ensemble en question…

Le vivre ensemble en question…

Vivre ensemble au sens d’être bien ensemble? Quels sont les ingrédients de la recette? Est-ce celle d’une soupe copieuse, parfumée d’herbes du jardin de la sagesse, de légumes diversifiés et liés dans un bouillon pacifiant. Est-ce une question de bon voisinage où les droits de tous et toutes sont respectés dans une incertaine logique humaniste? Parlons-nous plutôt de droits citoyens qui s’entrechoquent? Enfin, vivre ensemble, ça veut dire quoi?

Au Québec, à une époque pas si lointaine, la religion a occupé beaucoup d’espace dans nos vies en particulier et dans la sphère publique en général. Ressortir de notre mémoire collective tous les abus, les livres à l’index et le silence imposé aux victimes ne saurait faire avancer le débat sur la laïcité. En revanche, l’exercice de se pencher sur l’avancement que sa retraite a engendré conviendrait mieux. La libération des consciences, des mœurs, des interdits tous azimuts et surtout de l’affranchissement des femmes dans la société dans son ensemble. Nous sommes donc passé d’une époque où nous risquions quasiment l’emprisonnement pour avoir omis une prière à une situation de liberté de conscience, du moins en apparence. Alors voilà peut-être pourquoi nous demeurons «chatouilleux» en matière de signes religieux ostentatoires. Des femmes qui choisissent de porter le voile, le tchador, la burqa ou le hijab nous apparaît contradictoire en soi. Serions-nous à l’aise d’être jugé par quelqu’un dont nous ne pourrions qu’apercevoir les yeux? Et si le juge portait la soutane et arborait un grand crucifix?

La laïcité au secours de la liberté? En 1968 Pierre Elliot-Trudeau justifiait sa loi omnibus en déclarant «l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation.» En 2017, l’État non seulement n’a toujours rien à faire dans les chambres à coucher mais ce n’est pas sa place non plus dans les églises, les mosquées ou les synagogues. Dans le respect des lois en vigueur, la religion devrait être une affaire privée, tout comme son enseignement d’ailleurs. En ce qui concerne les signes religieux, il nous apparaît que la tolérance semble plus indiquée que le rejet. Je devais avoir 10 ans et je me rendais chez une amie de ma mère dont l’époux était un juif orthodoxe. À la mi-juillet, en pleine canicule, nous déambulions sur l’avenue Van Horne dans Outremont, et nous croisions des hommes vêtus tout de noir portant des chapeaux noirs en feutre style Borsalino ou encore des hommes portant le schtreimel. Ce chapeau juif qui doit être fait de 13 queues d’animaux à fourrure. J’appris peu de temps après que les premiers étaient des juifs hassidiques et les seconds des juifs orthodoxes et qu’ils s’agissait dans les deux cas de signes religieux, un peu comme la soutane de nos curés. Alors, je me suis dis pauvre homme, c’est fou ce qu’il doit faire chaud sous un pareil chapeau de fourrure. Mais outre la surprise de voir l’inhabituel, je suis allé au lit ce soir là en ayant l’impression d’avoir l’esprit un peu plus ouvert, j’avais appris. Désormais, je savais qu’il était possible de regarder le monde avec différentes paires de lunettes. La tolérance n’est rien d’autre qu’un vaccin contre la bêtise, la protection des libertés de chacun passe par là! Voltaire a écrit son traité sur la tolérance en 1763 pour réhabiliter Jean Calas, torturé et tué sous de fausses accusations, après avoir souffert l’inconcevable. On a brûlé son corps et allez hop on passe à autre chose. Évidemment, cette injustice infâme avait révolté Voltaire et dans son traité sur la tolérance il disait «sans la tolérance nous sommes tous perdus». C’est fou ce que ce traité est plus actuel que jamais!

En ce week-end de la Saint-Jean, pourquoi ne pas multiplier les échanges culturels? Un bol de fèves au lard contre un bol de couscous! La boustifaille et les plaisirs de la table, quel magnifique prétexte pour se rapprocher et découvrir que bien au delà de nos différences, nous demeurons ces bêtes humaines pour qui l’amour, l’amitié et le partage sont essentiels dans l’absolu.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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