La culture à 1 %

La culture à 1 %

«Au Canada, le mot culture a changé de sens, au même moment il a subi une mutation mondiale. Ce qu’on désigne aujourd’hui par culture déborde largement le cadre de l’art et de la création, il englobe des phénomènes sociétaux très divers, du tourisme à la communication. C’est comme si l’art et la pensée n’avaient plus le monopole du sens. Les technologies informatiques nouvelles et leurs excroissances internet (de Youtube à Facebook) peuvent donner à chacun « son quart d’heure de célébrité » pour reprendre l’expression d’Andy Warhol. Chacun, devant la possibilité de ces nouvelles technologies, se découvre artiste à la mesure de ses fantasmes et de l’extension enivrante de son ego et s’approprie ainsi une « nouvelle subjectivité » sans apprentissage spécifique ni savoir particulier.» Ce texte est tiré de la page de présentation du site Web de la Fondation Michaëlle Jean. Évidemment, cela porte à réfléchir tous azimuts. Le président Trump nous a habitué en quelque sorte à émettre ses opinions sur Twiter. Si elles ne sont jamais de haute voltige, elles sont néanmoins porteuses de sens. Nous sommes donc en présence d’un phénomène relativement nouveau, n’importe qui disposant d’une connexion internet peut émettre des opinions, lancer des alertes, voire même créer de faux comptes et intervenir dans une campagne électorale ou dans n’importe quel événement d’importance. Des agences russes auraient créé près de 3 000 faux comptes et diffusé une pluie de messages plus ou moins compromettants contre les démocrates. Par conséquent, une politique culturelle assise sur des fondements solides devient non seulement essentielle mais d’une importance capitale. Désormais, toute organisation, toute entité politique n’est plus en mesure d’ignorer le contenu des messages envoyés à la population. Si elle n’a pas la possibilité d’en avoir le contrôle, elle doit s’assurer de la cohérence des messages qu’elle véhicule en d’autres termes de la présence d’un fil conducteur. Le nerf de la guerre en matière d’intervention culturelle demeure sans contredit l’importance du soutien financier que l’on veut bien lui accorder. Depuis des décennies l’ONU et l’UNESCO, entres autres, recommandent un investissement équivalent à 1 % du budget total d’un gouvernement peu importe à quel palier il se retrouve. Il faut considérer que nous parlons ici d’intervention culturelle et pas de programme d’immobilisation, d’entretien ou d’amortissement de quelque nature. Il est important également de ne pas tomber dans le piège de confondre culture et loisir. Cette confusion a la vie dure et sévit encore dans bon nombre de municipalités au Québec. Malheureusement, lorsque surviennent des périodes de restrictions budgétaires, le budget de la culture est régulièrement le premier à subir les compressions, parfois même jusqu’à l’extinction. Depuis son élection en 2014, le gouvernement libéral a transformé le ministère de la Culture en terrain d’entraînement pour ministres juniors. Puisque nous parlons de sémantique, ne s’agit-il pas d’un message lourd de sens envoyé aux gouvernements municipaux, vous savez ces gouvernements de proximité dont on parle dans la loi 122? À l’exception des grandes villes, les gouvernements de proximité ne sont pas désignés ainsi que parce qu’ils sont les plus près des citoyens mais surtout parce qu’ils sont les plus prêts du gouffre financier, tiraillés entre les postes budgétaires incompressibles, les transferts aux MRC et leurs responsabilités trop lourdes compte-tenu du faible financement dont ils disposent. De plus, les élus ne débordent généralement pas d’enthousiasme à l’égard de l’investissement en culture. Pourtant, la culture est au cœur de nos vies, histoire, musique, folklore, tradition constituant un pôle d’attraction et de rétention en matière d’activité économique et de mouvement de population. Alors, la culture à 1 % se transforme en une longue valse… La valse à trois sous, la valse à trente sous, la valse à mille sous…

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
Cet article a été publié sous le thème Arts, culture et patrimoine.
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