Consentir à consentir

Une silhouette habillée en ninja se glisse le long d’une fratrie universitaire, grippe à la fenêtre et attaque un jeune homme assis devant son ordinateur. Montrant son téléphone, elle demande « Connais-tu cette fille? », il répond « Elle s’appelle Beth », elle réplique « Tu n’as pas arrêté quand elle a dit non, n’est-ce pas? Si tu refais à qui que ce soit ce que tu as fait à Beth, je reviendrai. Maintenant, appelle le 911 et dit leur qu’on t’a attaqué pour te voler. » Un coup de poignard dans la jambe du jeune homme et la silhouette disparaît.

C’est ainsi que commence la série de MTV Sweet/Vicious. Sweet/Vicious est ce qu’aurait été Buffy contre les vampires si Buffy avait poursuivit les violeurs de son campus universitaire plutôt que les créatures fantastiques. C’est aussi une œuvre qui, bien que destinée au divertissement, pose plusieurs questions sur comment la société gère les agressions sexuelles.

Petit cours d’auto-défense

On sous-entend trop souvent qu’il suffirait que les filles et femmes apprennent à crier leur refus et à se défendre contre les « méchants » pour que cesse les agressions sexuelles.

Ou encore si elles savaient éviter de se mettre en danger. Je ne compte plus les réactions de surprise de la part de mes interlocuteurs quand je leur dis qu’il m’arrive souvent de marcher pour revenir chez moi après une activité de soirée.  Je me surprend moi-même à me demander si je fais bien d’écrire cette phrase sur un blogue publique…

J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre en quoi prendre un cours d’auto-défense pourrait bien être nécessaire. Bien sûr, apprendre un sport inspiré du combat peut être un beau défi et je conçois que certaines personnes y tire une certaine assurance, mais en quoi est-ce une solution à un problème sociale aussi complexe?

Statiquement parlant, si je subis un jour une agression sexuelle majeure, celle-ci risque fort d’être perpétrée par une personne de mon entourage plutôt que par un attaquant anonyme dans une ruelle sombre… En quoi tout ces conseils de vigilance pourront-ils m’aider dans une telle situation? Se défendre contre un pur inconnu n’est pas la même chose que se battre contre quelqu’un que l’on risque de recroiser. Et je ne parle même pas de la situation où la violence vient de l’être aimé…

Sweet/Vicious pose la question de la perpétration du cycle de la violence. Est-ce vraiment la manière avec laquelle nous voulons collectivement régler la question? Est-ce réellement le meilleurs recours quand les autorités en place échouent à nous protéger?

L’amour est un champ de bataille?

Suggérer aux femmes d’apprendre à se battre suppose que l’on considère la violence sexuelle comme une bataille que les femmes doivent gagner. Je trouve toujours aberrant d’entendre des justifications du genre « les hommes seront toujours des hommes »… Comme si les hommes n’étaient que de pauvres créatures dont la volonté et la discipline s’effondraient complètement malgré eux à la vue d’un peu trop de chaire! Comme si les humains étaient incapables de ne pas se saisir de ce qui ne leur appartient pas simplement parce qu’ils éprouvent du désir!

La perception qu’une certaine partie de la société nous donne de la « conquête amoureuse » (juste l’existence de l’expression…) en est une d’une lutte à gagner. Une certaine vision de la masculinité suppose que la virilité est liée au succès amoureux. Et si on ne réussit pas, il suffit de persévérer. L’amour est quelque chose qui se gagne à force de travail et non un sentiment qui se développe entre deux personnes à force de communication et de partage. Peut-on s’étonner alors que certains hommes aient même de la difficulté à reconnaître que les comportements qu’ils ont toujours vus être valorisés soient en réalité des agressions?

Il faut être deux pour danser…

L’un de mes articles préférés sur l’apprentissage du consentement vient d’une expérience dans un village africain où le taux de viol était extrêmement élevé. Les professeurs ont pris le problème à bras le corps et ont mis sur pied un programme. Ce programme comprenait les traditionnels cours d’auto-défense, de règles de sécurité et d’expression d’un refus, de même que des ateliers sur comment exprimer clairement ses désirs.

Mais la plus grande particularité du programme est qu’il apprenait AUSSI aux GARÇONS QUE LE VIOL EST UN CHOIX. Ils y apprenaient ce qu’est le consentement et comment le rechercher. Ils étaient aussi encouragé à parler contre la culture du viol qui les entoure.

Apparemment, le taux de succès aurait été assez important. Mais au-delà de l’efficacité, ce qui me frappe est à quel point cette solution est simple et logique et pourtant si peu appliquée!

Ouiiiiii c`est mieux!

De plus en plus de gens définissent le consentement par l’affirmatif plutôt que par la négative. L’absence de protestation n’est pas suffisant: il faut exprimer ce que l’on désire et s’assurer que l’autre approuve les plans.

Encore une fois, c’est super logique. On se verrait mal forcer quelqu’un à, par exemple, boire du thé. Pourquoi serait-ce différent pour le sexe?

Pourtant, force est de constater que si les vieux tabous s’écroulent, nous ne savons pas pour autant parler de sexualité de manière saine. Nous avons peut-être bien plus de connaissances techniques que les générations précédentes, mais l’idée de demander l’accord pour les gestes que nous souhaitons faire avec l’autre paraît encore étrange. Et pourtant… quelle meilleure façon d’obtenir exactement ce que l’on désire que de le demander?

J’aimerais terminer avec une suggestion d’une chaîne Youtube: F*ck Yes!, une série web (en anglais) ayant pour mission de démontrer que la recherche du consentement peut être beaucoup plus simple et sexy que l’on pourrait le penser!  https://www.youtube.com/channel/UCOpwCjcXPb82Qeex1Y9XdaQ

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Sociales et communautaires.
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