N’efface pas mes traces

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Lors de mes vacances, j’ai parcouru plusieurs coins du Québec : Coaticook et son exposition Foresta Lumina, Lac-Mégantic et son nouveau centre-ville, l’Abitibi, Montréal…

Un après-midi, j’étais assise au fond de la gorge à contempler la rivière Coaticook. Une bonne dizaine d’empilement de roches parsemaient les grèves. Ça m’a rappelle cette publicité de Patrimoine Canada avec un inukshuk, cet empilement de roche placé pour laisser un message à ceux qui suivront :           « C’est pour montrer que nous sommes passés ici ». Bref, une belle modification humaine, en harmonie avec la nature.

Alors que je me demandais s’ils ont été construits par les visiteurs ou si tout cela a été conçu pour l’exposition, 4 garçons agités et leur mère sont arrivés. Rapidement, les garçons se sont approchés de l’eau et se sont mis à lancer des galets. Mais le plus jeune, âgé d’environ 4 ans, s’est détourné rapidement. Ce sont les structures de pierre qui avaient attirés son attention. Sauf qu’il n’avait pas envie de les admirer. Il voulait les faire tomber. Il s’est donc mis à lancer les plus grosses roches qu’il pouvait soulever sur la plus grosse et belle de toutes les constructions.

Si sa mère le regardait faire sans rien dire, la mienne s’insurgeait qu’on ose détruire le travail d’un autre (et un truc plutôt joli en plus!). Elle lui a crié d’arrêter. Sauf que le petit gars était quant même loin, anglophone et suffisamment motivé pour réussir à tout faire écrouler… Ma mère était consternée, mais la sienne lui a simplement dit qu’il n’aurait pas dû faire ça.

Si cette anecdote m’est restée en mémoire, ce n’est pas véritablement à cause du comportement du petit garçon, c’est à cause du contexte dans laquelle je l’ai vécue. À cause du projet de loi sur l’exploitation des hydrocarbures qui obscurcit mon été. À cause de mon passage à Lac-Mégantic et à Malartic dans le même voyage.

C’est à cause de l’empressement du gouvernement à faire passer à la va-vite un projet complexe et incomplet (une foule d’information importantes seront ajoutés par la suite par règlements et décrets). À cause de la cristallisation du droit des compagnies à exproprier les propriétaires récalcitrants. À cause du retrait du droit des municipalités à faire valoir leurs plans d’aménagement et leurs règlements. À cause de la concentration du pouvoir entre les mains d’un ministère qui peine à seulement savoir où sont situés les anciens puits qu’ils sont censés surveiller. À cause de cette clause qui stipule que le sous-sol n’appartient pas aux propriétaires des terrains, mais à la collectivité… en oubliant de mentionner que la « collectivité » a déjà vendues les claims au privé pour une bouchée de pain.

Que restera-t-il du passage des communautés une fois que les compagnies extractivistes seront passées? Combien de gens se rappelleront les habitants du vieux quartier de Marlartic et leur combat contre leur dérangeante voisine lorsque la dite mine aura finie de tout engloutir? Combien de gens de Lac-Mégantic regretteront de ne pas voir les traces du passé en parcourant leur centre-ville « dix-30 » sans ride? Combien d’autres villes seront poursuivies par l’industrie pour avoir voulue protéger leurs citoyens comme en Gaspésie? Combien d’entre nous seront déplacés de nos terres pour être remplacer par des têtes de puits?

Bien sûr, le territoire changera, avec ou sans pétrole. Tel est la loi de la nature et le territoire humain n’y échappe pas. Mais lorsque nous sommes placés devant le choix de détruire ce qui est déjà, prenons-nous vraiment la peine d’apprécier ce qui est devant nos yeux ou sommes-nous toujours trop obnubilé par les promesses de richesses pour y voir clair? Les laisserons-nous détruire nos traces?

Note : Pour mieux comprendre le projet de loi, je vous suggère de jeter un coup d’œil à cette vidéo du Richard Langelier : https://www.youtube.com/watch?v=aM1W8rbEyKo

Pour ceux qui veulent manifester leur désaccord, http://ecoquebecinfo.com/hydrocarbures-rassemblements-contre-projet-de-loi-106-a-montreal-quebec-aout/

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Environnement, Sociales et communautaires.
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