Le meilleur des mondes

Je cherchais un thème de Noël. Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté, ce genre de choses. Je me suis arrêtée sur le thème du Sauveur. On est bons là-dedans, tous autant que nous sommes. Il [ou elle!] va venir, comme vient le printemps1 c’est la base de notre vivre ensemble et des lendemains qui chantent.

Et voilà que le sort, toujours aussi ironique, efface Fidel Castro de l’échiquier pile un mois avant Noël. Cette charmante coïncidence cosmique donne de l’eau à mon moulin à réflexion : comment sauver un peuple? Parce qu’on ne va pas le nier, il y a un peuple à sauver. Du temps des pharisiens comme du temps des barons yankees de Batista, l’abus de pouvoir est la norme et le peuple, qui ne sait pas s’en dépêtrer, voit venir avec bonheur Celui-qui-sait. Les méthodes varient : la différence saute aux yeux entre la guérilla sud-américaine, Moïse combattant Pharaon à grands coups de bâton magique, Jésus prêchant l’amour avant tout, le peuple français en indigestion de monarchie ou le dieu dollar et son libre marché.

Mais une fois que le Sauveur a sauvé, qu’arrive-t-il au Paradis? L’utopie n’est-elle réalisable qu’au prix de la dictature? Il y a plein de statistiques qui pèsent le pour et le contre de la Revolución, mais comment justifier le Paradis par l’assassinat de la liberté d’expression? Religion, économie ou politique, le prix du Nirvana est toujours l’abdication du sens critique.

Peu importe la méthode, nous n’avons pas encore trouvé de solution pour que chacun de nous puisse tirer un numéro gagnant du formidable hasard qu’est notre présence à cette vie. Une solution qui ferait que personne ne serait laissé pour compte. Il nous faudra encore de nombreux essais, de nombreuses erreurs. Il nous faudra des millénaires d’évolution. Il nous faudra encore beaucoup de petits Aylan, beaucoup de banques alimentaires. Il faudra d’autres révolutions et beaucoup d’autres Noël. Il faudra beaucoup, beaucoup d’imagination… jusqu’à ce que nous puissions nous passer d’un Sauveur – ce qui voudra dire que nous sommes enfin au Paradis!

Là, ici, tantôt, nous allons célébrer une fête qui illustre à merveille le pire et le meilleur des mondes. Une fête qui célèbre la naissance du champion du don de soi avec une orgie de frénésie économique. C’est la coutume en ce coin de wannabe Paradis où j’ai eu la chance de naître. Alors je vous souhaite de joyeuses fêtes. Je vous souhaite de célébrer ce qui vous rend heureux, avec ceux qui vous rendent heureux, il n’y a que ça qui puisse changer le monde.

1   Merci m’sieur Fugain!

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...

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8 commentaires

  1. avatar Par : Marie Marchand

    On ne peut pas tout choisir, mais faisons en sorte de choisir le maximum pour être heureux, et rendre la pareille au plus de gens autour de nous. Bonne année à tous ceux qui te lisent Éliane et à toi et les tiens en particulier.

  2. Madame,
    La qualité de vos textes est franchement étonnante! Ainsi, contrairement à Denise Bombardier (si,si…) par exemple, lorsque vous commentez un événement mondialement annoncé et analysé, vous le faites avec un propos véritablement original quoique des plus pertinents. Félicitations!
    Pierre Caron

  3. Noël. Noël…c’est pas une raison pour se faire mal!!!
    Respire et prend cette fête comme un moment de détente dans l’année et profites en un peu. Moi aussi je me questionne sur cette fête et je ne l’aime pas particulièrement mais je le vois comme une bonne raison de voir la famille (souvent dispersée) et de se reposer en soufflant un peu. Le seigneur sauveur ce n’est pas moi promis. Noyez Joël comme tu dis si bien (hi hi)………

  4. avatar Par : Arthur Laroche

    Je me dois de fou reprendre : Le meilleur des mondes, et non le meilleure… Voila, le planete s’en portera mieux, ya!

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