Le Colt et la Winchester ou…

Le Colt et la Winchester ou…

Nos voisins du Sud sont en pleine campagne électorale. Le résultat de cette élection à la présidence pourrait occasionner de grands remous pour le Canada. Pour nous, la continuité des politiques obamesques, apparaît, sans contredit, l’éventualité la plus souhaitable. Les orientations de l’ancienne secrétaire d’État vont dans une logique de continuité avec l’administration sortante. Assurance-médicament, filet social, un nouveau regard sur l’environnement, une forme d’ébauche d’un pré-programme de redistribution de la richesse : nous sommes dans le pays de l’oncle Sam, ne l’oublions pas. La candidate démocrate jouit de l’appui de l’establishment du parti et la famille Clinton compte sur une organisation bien rôdée et surtout elle ne manque pas d’argent. Si l’argent représente toujours le «nerf de la guerre» dans toutes campagnes électorales, et cela dans tous les pays du monde, aux États-Unis, c’est un euphémisme. Certes, madame Clinton a eu maille à partir avec le candidat Bernie Sanders en début de campagne. La cinglante défaite à la primaire du New Hampshire l’a certainement ébranlée. Mais le candidat Sanders traîne un boulet : il se présente comme un candidat socialiste. Il pourfend Wall Street et le pouvoir de l’argent, il place les banques au banc des accusés. Il dévoile ce qui se cache derrière l’aigle à tête blanche, il présente un miroir dans la face des électeurs et leur demande quelle représentation ils attendent. En fait, il dit tout haut ce que bien des gens pensent tout bas. Mais situons l’importance du positionnement du « capital » dans la structure ADN de ce pays et l’étoile de Bernie Sanders s’éteint.

En face et, contre toute attente, nous retrouvons le candidat Donald Trump. Nous ne sommes pas en mesure de parler d’un candidat républicain puisqu’il n’a pas l’aval du parti. Le parti républicain ne veut pas de lui. Néanmoins, pour nuire au président Obama, durant la première partie de son mandat, les républicains sont allés profondément en «zone ultra-conservatrice». Rappelons-nous du Tea Party, un regroupement d’ultra-conservateurs, de racistes, et de «patriotes» animés par le rêve d’une Amérique blanche où les impôts et les taxes n’existent pas et, avec en toile de fond la loi du Colt et de la Winchester. Évidemment, douze candidats républicains c’est beaucoup de monde. Par conséquent, l’unification des forces devient ardue. D’autant que, parmi les candidats, aucun ne semble posséder la fougue et la détermination d’un battant, encore moins l’étoffe d’un leader. Jeb Bush a abandonné la course, lui, un héritier en quelque sorte, bien qu’un piètre héritier nous devons l’avouer. Alors, en l’absence d’un candidat possédant les caractéristiques intrinsèques à un leader, arrive Donald Trump. Il fait le bonheur des ultra-conservateurs avec ses idées islamophobes sur l’immigration, allant même jusqu’à promettre la construction d’un mur entre le Mexique et les États-Unis. Il est misogyne, raciste et sa foi dans l’ADN capitaliste semble inébranlable. En flirtant avec le Tea Party et surtout en refusant de baliser la ligne idéologique du parti, les républicains, sans âme d’une certaine façon, se sont faits passer un «Trump».

Alors, en cette fin d’hiver qui semble vouloir abuser de notre hospitalité, il y a vraiment un risque de voir Donald Trump à la Maison-Blanche. Bien que nous soyons encore loin de la coupe aux lèvres, il est pour le moins difficile de croire au futur d’un Marco Rubio ou d’un Ted Cruz en ce moment.

Rob Calabrese, animateur de radio sur l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse créait récemment un site Web où il invite ses amis américains à adopter le Cap-Breton au cas où Donald Trump deviendrait le 45e président des États-Unis. Au départ, la création du site était tout en humour où Calabrese se moque de la promesse de Trump d’ériger un mur entre le Mexique et les États-unis, en disant «chez-nous au Cap-Breton, les murs ne servent qu’à soutenir les maisons!» Mais devant le succès de cette initiative, plus de 700 000 visiteurs jusqu’ici, d’ailleurs le site devra faire l’objet d’une mise à jour puisque l’on n’avait pas prévu une affluence aussi importante lors de sa création. Calabrese n’en revient pas et commence à imaginer son idée de façon un peu plus concrète. Bref, pour un nombre croissant d’Américains, «l’effet Trump» fait peur. Et pour nous aussi c’est une source d’inquiétude. Essayez seulement d’imaginer cet homme pourrait représenter un élément positif. Vous l’imaginez aux affaires sociales, ou encore aux relations internationales ou peut-être alors en matière de sécurité intérieure et si on parlait de l’environnement, ça irait mieux vous croyez? Peu importe dans quelle sphère d’activité nous pourrions le retrouver, il n’arrivera pas à se débarrasser de l’image de l’éléphant dans un magasin de porcelaine! La prochaine présidentielle sera une Super Élection comportant de Super Désastres en perspective. Dans l’optique d’un duel Clinton / Trump, nos voisins du Sud pourraient avoir à choisir entre deux options : monter à bord du train de mesures sociales des Démocrates, donc poursuivre le travail de l’administration sortante ou retourner au Far West et à la loi du Colt et de la Winchester!  

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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3 commentaires

  1. avatar Par : Frederick Toner

    Très intéressant et important. Merci. Frederick Toner

  2. avatar Par : Éliane Vincent

    Comme partout, une certaine vision archaïque de l’exercice du pouvoir tente de s’accrocher et de maintenir ses prérogatives. Diviser pour régner, préparer la guerre pour avoir la paix, nourrir la crainte de l’autre, on connaît ces méthodes et on se réjouit de voir leurs tenants se débattre avec l’énergie du désespoir devant l’inéluctable avancée de méthodes plus progressistes, plus humaines et plus intelligentes. Je ne parle pas ici de Mme Clinton, qui se drape de progressisme pour faire avancer sa cause, mais qui à la base est toujours bien ancrée dans l’oligarchie américaine traditionnelle.

    Je vois quand même une raison de se réjouir en constatant que Bernie Sanders est soutenu par ce très nombreux étudiants et de jeunes de toutes provenances. Évidemment, il ne sera pas président en 2016, mais si les jeunes étatsuniens comprennent la pertinence du socialisme, il y a de l’espoir.

    • avatar Par : Pierre Lachaine

      Comprenons-nous bien Éliane, je n’affirme pas que madame Clinton est progressiste, je n’oublierai jamais que c’est mari qui a permis aux banques de revenir sur les marchés boursier. Non, je ce que je dis c’est simplement que dans la conjoncture, il est préférable d’avoir les démocrates au pouvoir plutôt que Trump, en fait n’importe quoi sauf Trump!