Féminotopia

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Ce texte est en retard. Ça fait des jours que je jongle avec cette chronique.  Une semaine à me demander comment on peut sérieusement dire « je suis pour l’égalité /je suis humaniste », mais je ne crois pas au féminisme… Parce que, dans ma tête, l’un inclut obligatoirement l’autre…

Une semaine à lire compulsivement en ligne sur l’actualité féministe. Laissez-moi vous dire que le choix ne manquait pas! Je vous recommande par ailleurs la nouvelle édition de la Rumeur du Loup qui porte sur l’équité : http://www.rumeurduloup.com/rumeur-du-loup-edition-mars-2016/.

Mais j’ai plutôt envie de me servir du nouveau film de Disney, Zootopie, pour une analogie. Pour expliquer qu’une apparence d’égalité peut quant même cacher des préjugés (d’où la nécessité du féminisme encore aujourd’hui). Pour expliquer que, pour la plupart des féministes, l’idée n’est pas de rabaisser les hommes : une agression n’en justifie jamais une autre.

ATTENTION! « SPOILER ALERT »

Résumé du film 

Judy Hopp quitte la petite ferme de ses parents pour la grande ville, où toutes les espèces cohabitent en harmonie. Animée d’une grande passion et d’un grand sérieux (après tout, elle a terminé première de sa classe à l’école de police!), elle a l’ambition d’aider les citoyens de Zootopie. Tant pis si elle est le premier lapin policier! À Zootopie, tout le monde peut être ce qu’il veut!

Sauf qu’une fois sur place, les choses se gâtent. Judy semble bien petite au travers de ses massifs collègues. Malgré l’urgent dossier de la disparition de 14 animaux, le chef l’affecte… au stationnement. Il s’avère que sa candidature n’a été retenue qu’à la demande du maire (un lion) qui cherche à s’attirer la sympathie des proies, qui représentent 90% de sa population… Malgré tout, Judy demeure déterminée à faire ses preuves! Elle finit par conclure un marché avec son chef : si elle réussit à retrouver l’une des victimes, elle pourra avoir de vraies assignations de policier; si elle échoue, elle devra démissionner.

N’ayant accès à aucune banque de données ou outils, Judy demande l’aide d’un petit escroc et l’oblige à l’aider dans son enquête. D’abord à contrecœur, Nick, un renard, l’aide à retrouver les disparus. Ceux-ci sont en réalité redevenus sauvages et le maire les a enfermés en secret, le temps de comprendre ce qui se passe. Répétant une phrase de l’un des scientifiques travaillant sur le cas, Judy déclare en point de presse que la génétique est à l’origine des transformations et que tous les prédateurs portent cette sauvagerie en eux (rappelons qu’on parle d’un univers où les animaux agissent comme des humains).

Cette déclaration crée un vent de panique : des prédateurs innocents sont attaqués dans la rue, les proies se terrent chez eux dans l’attente de la prochaine transformation (celles-ci se poursuivent effectivement), le sympathique policier à l’accueil est envoyé aux archives du sous-sol  pour éviter que les gens voient un prédateur en entrant, on propose à Judy de devenir l’emblème des services de police… Mais, surtout, son nouvel ami est blessé de la voir propager les préjugés contre les prédateurs… Constatant l’impact de ses paroles, Judy reconnait que le danger de cette surgénéralisation, démissionne et rentre chez ses parents. C’est là qu’elle constate que la source des transformations est en réalité une fleur et que les proies aussi redeviennent sauvages lorsqu’elles y touchent!

Judy ne fait ni une ni deux, rentre en ville, s’excuse auprès du Nick et reprend l’enquête sans appui de la police. Il s’avère que la secrétaire du maire, un mouton, a orchestré les attaques pour débarrasser la ville de tous les prédateurs et de prendre le pouvoir à la mairie. Évidemment, nos deux héros réussissent à la prendre au piège, Judy retrouve son poste, Nick devient rapidement son partenaire après un petit tour à l’école de police et tout le monde chante une chanson de Gazelle (c’est quant même un film de Disney).

Le parallèle

À prime abord, le film semble traiter uniquement de préjugés raciaux. Nick a souffert enfant des préjugés envers les renards et a décidé que si personne ne faisait confiance aux renards, il valait aussi bien devenir un bon escroc. Le film divise rapidement la ville entre proies et prédateurs. La mixité entre espèces semble être un trait particulier de Zootopie mais moins des villes plus rurales. La ville elle-même, bien qu’adapté aux différences de tailles et besoins, est séparées en quartiers distincts. Plusieurs préjugés sont mentionnés (les renards sont rusés et peu fiables, les lapins sont stupides, les fonctionnaires de l’immatriculation sont des paresseux, etc.) et des références raciales directes sont faites (on ne touche pas les cheveux d’un mouton!). Heureusement, le film s’amuse aussi à démolir les clichés.

Mais il y a aussi de nombreuses références au sexisme ordinaire. Toute l’histoire repose sur les relents de peur et de dominance des prédateurs sur les proies.  Judy elle-même traine un spray anti-renard avec elle, une situation que reconnaitrons plusieurs femmes.  Il est intéressant que la fleur à l’origine de la violence affecte aussi les proies. La violence n’est pas réservée qu’aux prédateurs. Néanmoins, on conçoit aisément qu’un tigre sauvage représente une plus grande menace qu’un lapin sauvage.

Je ne crois pas non plus que ce soit un hasard si l’héroïne est une policière! Elle ne détonne pas en sa qualité de proie (le chef est lui-même un buffle!), elle détonne en raison de sa taille et de sa force physique, un des motifs souvent évoqués par ceux qui croient que les femmes n’ont pas leur place dans les forces de l’ordre. Même constat pour les « hommes de main » qu’elle croisse au fil de l’histoire. Certains sont des proies, mais si une autre femme était présente, j’avoue l’avoir manquée! Bien sûr, un lapin aurait aussi fait un petit policier et le film ne parle pas spécifiquement de genre, mais difficile de ne pas faire de parallèle.

Le fait que la méchante soit une secrétaire malmenée qui décide de se venger de son patron en projetant sa colère sur l’ensemble des prédateurs pourrait évoquer le stéréotype de la  féministe frustrée.  Miss Bellwether aurait pu travailler avec Judy pour qu’elles prennent toutes deux leur place, mais elle a préféré la violence. Évidemment, si elle n’avait pas été extrémisme, le film aurait été fort différent… Néanmoins, il est intéressant d’avoir une vilaine de Disney qui évoque des principes universaux pour tenter de justifier ce qui est au final une vengeance personnelle puisque la première personne à bénéficier de son plan était elle-même. Il y a un petit côté savant fou à ce plan qui me plaît, ce cliché étant nettement plus masculin.

Il est aussi très intéressant d’avoir une relation entre l’héroïne et la vilaine qui ne soient pas basée sur la jalousie, chose rare chez les vilaines de Disney. Miss Bellwether manipule carrément Judy à partir du début : elle s’arrange pour que Judy découvre une partie de la vérité, s’organise pour en faire une porte-parole, tente d’en faire une martyre la faisant éliminer par un prédateur sauvage à 2 reprises… J’adore l’immense confiance qu’elle a envers son plan. Sauf que elle aussi se retrouve à sous-estimer les capacités d’un lapin. Plutôt ironique.

J’aime beaucoup aussi la place que prend Nick. Il s’avère être un excellent allié. Il n’est pas le « comic relief » ou l’intérêt amoureux. Sans lui, Judy n’y serait pas arrivée, mais il ne fait pas de l’ombre à l’héroïne pour autant. Ses confidences sur son passé sont pertinentes au propos du film. Ses blessures  ont contribuées à faire de lui ce qu’il est, mais elles ne le définissent pas nécessairement. Leur relation est houleuse et tout de même réaliste. Un beau (et rare) cas d’amitié entre un homme et une femme dans un dessin animé.

Zootopie n’est pas un film parfait, tout comme mon analyse. Mais j’estime qu’il propose une bonne initiation au concept de discrimination. L’égalité n’est pas de fournir la même chose à tout le monde, mais d’adapter l’espace public pour que chacun puisse y fonctionner. L’égalité implique de reconnaître les forces de chacun, même si ça modifie les façons de faire habituelles. L’égalité ne se crée pas nécessairement par elle-même simplement en mettant des gens de tout horizon dans le même espace. Les préjugés ont la couenne dure et il suffit parfois d’une crise pour les réveiller. Faire partie du groupe dominé ne justifie pas la violence envers le groupe dominant. Les préjugés de race cohabitent souvent avec les préjugés de genre. Bref, la réalité est plus complexe qu’elle ne le paraît!

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Sociales et communautaires.
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