Enfantillages

Non, je ne vous parlerais pas de la pièce du même titre que je suis en train de monter avec la troupe de théâtre amateur dirigée par le Loup de Cambronne…  Je ne mentionnerai même pas tout le plaisir que vous auriez en vous présentant à l’ÉMAC de Rivière-du-Loup le 3 ou 4 juin à 20h00… Je ne vous dirais pas non plus que les billets sont 15$ adulte et  10$ étudiant (la pièce est 13 ans et +) et sont en vente sur le site du Loup de Cambronne ou auprès des comédiens (https://lepointdevente.com/billets/tlc160603001)…

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Non, je ne vous parlerais pas non plus de coude qui s’égare lors d’une chicane parlementaire…  Je ferai comme tout le monde depuis une semaine et je parlerai du pseudo-scandale de Mike Ward.

Ainsi, tous se lève pour la liberté d’expression… Laissez-moi rire… On n’a pas la même définition d’atteinte à la liberté d’expression… Lorsque Raif Badawi est enfermé et fouetté pour avoir tenus des propos contraires au pouvoir en place, ça, c’est de l’atteinte à la liberté d’expression! Lorsque la ville et la police musellent les étudiants à coup d’arrestations abusives, ça, c’est de l’atteinte à la liberté d’expression! Quand l’industrie pétrolière réplique à un auteur à coup de poursuite-bâillon, ça, c’est de l’atteinte à la liberté d’expression (et au droit à l’information)! Mais ni le cas Mike Ward ni le cas Louis Morissette ne sont des cas d’atteintes à la liberté d’expression.

Dans le premier cas, il s’agit uniquement d’une perte du droit d’être diffusé en onde. Mike Ward et Guy Nantel demeurent libres de continuer à faire leur travail et libres de diffuser leur numéro à leur guise. Entre les entrevues, son blogue et sa page Facebook, Mike Ward ne manque pas de plate-forme pour se faire entendre. Par ailleurs, je doute qu’autant de gens auraient partagé ce numéro s’il avait été diffusé lors du gala…

Méritais-t-il une poursuite pour sa blague sur le petit Jérémie, et par ricochet, une surveillance accrue des assureurs frileux? Peut-être, peut-être pas. Mais cela appartient au monde juridique (autant la poursuite que le bris de contrat), pas à la sphère publique.

Dans le second cas, je tiens à rappeler que l’organisme qui s’est plaint dans le dossier du « BlackFace » n’a pas réagi à la présence de Normand Brathwaite, mais à l’éditorial de Louis Morissette où il se plaignait de devoir engager un Noir pour jouer un Noir…

Pauvre chou! Lui dois modifier ses plans de tournage et subir le stress de réfléchir à ce qu’il dit publiquement… Ses détracteurs, eux, n’ont qu’à vivre chaque jour avec un racisme systémique qui continue de les pénaliser…

On reconnait une situation de privilège lorsqu’une personne considère qu’un problème réel n’existe pas parce qu’elle n’y est pas confronté personnellement. Lorsqu’on est habitué à un privilège, la recherche de l’égalité peut ressembler à de l’oppression. Mais ce n’est pas parce qu’elle en a l’apparence qu’elle en est.

Louis Morissette doit comprendre qu’il n’est pas la victime ici. L’organisme a saisi l’occasion pour dénoncer une situation qui dépasse sa petite personne. L’entrevue à Tout le monde en parle aurait pu être une occasion d’ouvrir le dialogue. Mais on a préféré s’offusquer et défendre l’intégrité de l’humoriste…

La liberté d’expression n’est pas un passe-droit pour insulter ou éviter de réfléchir aux conséquences de nos paroles. La liberté d’expression implique que personne ne puisse t’empêcher de parler. Ça n’implique pas qu’on soit obligé de t’écouter et, encore moins, de te donner une tribune à vie sans condition. Elle ne protège pas non plus contre la critique ou les plaintes. Comme toute liberté, elle s’arrête là où les droits fondamentaux des autres commencent. Qu’on veule amener la ligne d’un côté ou de l’autre, il y a aura inévitablement des gens qui écoperont. La question devient de savoir qui la société devrait protéger.

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Je terminerais comme j’ai commencé : en étant hors-sujet! Je vous invite à continuer à réfléchir sur nos préjugés en regardant les petites capsules sur la sexualité et l’estime de soi produites par Cosmos Kamouraska (http://cosmosskamouraska.com/chicskam/ )! Bonne réflexion!

 

 

 

 

 

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À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Arts, culture et patrimoine, Sociales et communautaires.
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4 commentaires

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    À propos du gala des Olivier, je paraphraserai François Bellefeuille pour poser cette question : faut-il, chaque fois qu’un groupe se lève pour défendre une cause, chercher partout pour voir s’il n’en existerait pas une plus importante ailleurs? Les victimes de Jian Ghomeshi devraient-elles se taire parce que Boko Haram réduit des fillettes à l’esclavage?

    Le cas des humoristes n’est pas très grave, j’en conviens. Ils ne font pas pitié, c’est vrai. Ils ont le privilège de disposer d’une gigantesque tribune qui est agaçante pour les sans-voix, vous avez raison.

    Mais la couardise des assureurs et des diffuseurs, et la promptitude des citoyens à s’indigner font peser une menace réelle sur le contenu qu’on jugera «acceptable» de diffuser, tant sur les ondes que dans les salles de spectacle.

    Et les humoristes pourraient bien ne pas être toujours les seuls visés. La liberté est précaire, la vigilance ne nuit pas.

    • avatar Par : Geneviève Malenfant

      J’aime bien cette image que j’ai trouvé sur un blogue. Le blogueur parlait d’un travail de serveur où il devait partager le plancher avec un serveur bien bâti et arrogant qui fonçait toujours droit devant lui sans se soucier de personne. Tout le monde s’écartait simplement de son chemin. Mais éventuellement, le blogueur en a eu assez et a décidé d’arrêter de se tasser, se disant qu’il ferait comme tout le monde et dévirait un peu de sa trajectoire pour qu’ils puissent passer tout les deux. Sauf que l’autre serveur ne s’est pas tassé, est tombé à la renverse et est allé réclamer la décision du blogueur au patron, prétextant que celui-ci l’avait agressé. Le blogueur s’est donc expliqué avec le patron, il n’y a pas eu de conséquence.

      Dans le cas présent, la liberté d’expression n’a pas été atteinte. Personne n’a demandé à aucun humoriste de se taire ou de cesser de diffuser leur oeuvre. Pouvoir s’exprimer librement est un droit. Pouvoir être diffuser au grand public est un privilège. Si dans l’exercice de leur fonction les humoristes se frappent à de la critique, c’est signe que la liberté d’expression va bien (j’exclue évidemment toute insulte ou menace, autant de la part des humoristes que des gens sur Internet).

      Les gens ne sont pas obligés d’arrêter de se tenir debout ou obligés de se tasser dans un coin parce qu’un humoriste décide de parler d’eux. Si la communauté noire ne s’est pas plainte avant, ce n’est pas nécessairement parce que tout le monde, sauf une poignée, trouve les BlackFaces acceptables. Ne pas se plaindre ne veut pas dire qu’on est pas choqués.

      Quant au grand public, il y a toujours eu et il y aura toujours des gens pour s’offusquer. C’est ça, la vie en société! Ça me fait rire le monde qui disent qu’avant, c’était mieux! Comme si RBO, les Cyniques, Yvon Deschamps ou d’autres n’avaient jamais eu leur lot de plaintes! Bon, c’est sûr que les médias sociaux changent la donne et que ce qui est considérer acceptable par la société a changé, mais je doute que les gens soient réellement plus fermés qu’avant si on les resitue dans leur époque.

      Pour ce qui est des diffuseurs, pour moi, le problème n’est pas de l’ordre de la censure, mais de l’ordre de l’obligation de rendement. On a moins de financement, alors on mise sur les trucs plus conviviaux et sécuritaires. C’est la même raison pour laquelle qu’on voit toujours les mêmes faces à l’écran ou qu’on nous offre des tonnes de « remakes ». On est pas frileux pour des raisons morales, mais monétaires (toujours à mon humble avis). On mise sur ce qui risque de faire le plus l’unanimité plutôt que de miser sur l’innovation.

  2. avatar Par : raymond cadrin

    Bonne mise au point! Oui, je crois aussi qu’on charrie beaucoup sur la liberté d’expression de ce temps-ci.
    On peut faire aussi certains rapprochements entre le pouvoir abusif exercé par un média de la région, considéré aussi comme de la liberté d’expression…au détriment d’une information de qualité et plus honnête qui devrait être véhiculée par rapport à la ville de Rivière-du-Loup….

  3. avatar Par : Pierre Lachaine

    Et bien voilà une bonne brassée de linge Geneviève, pour moi c’est comme un courant d’air frais, merci!