Désastre à Fort McMurray

 

Comme plusieurs parmi vous, j’ai été mis au fait des événements en prenant mon café devant le petit écran. Au début, cet incendie de forêt ressemblait à un incendie de forêt, toujours à prendre au sérieux mais sans plus. Et puis, très rapidement nous sommes passés de cent km2 à mille. En fait, le dernier bilan fait état de 1 570 km2 de forêt détruite. Le secteur où est situé Fort McMurray représente à lui seul, près de 80 % de la production de pétrole via les sables bitumineux au pays. Une partie de la ville a été anéantie. On déplore la perte de plus 2 400 bâtiments. Et pire encore, plus de 80 000 personnes déplacées ayant tout perdu, leurs maisons, leur contenu et leur emploi. Pour l’Alberta, qui déjà, devait affronter un ralentissement économique en raison de la baisse des cours du pétrole, cette catastrophe entraînera de véritables secousses sismiques dans l’économie, l’environnement et dans la population qui vivra des moments difficiles.

 

Et comme si la vague de mauvaises nouvelles n’était pas suffisante, nous apprenions la présence d’un stock de déchets radioactifs de faible activité, 43 282 m3 pour être plus précis situé à 8,5 km du centre-ville. Énergie Atomique Canada a publié un communiqué rassurant la population, les déchets radioactifs ne s’enflammeront pas…

 

Maintenant, nous avons la certitude d’être en face d’une crise environnementale majeure. Je vous ai entretenu dans mes publications précédentes du nombre proprement hallucinant de déversements toxiques dans ce secteur. Alors, avec un incendie de cette ampleur, beaucoup de points d’interrogation se pointent et bien peu de réponses. Déjà, les experts laissent entendre que le brasier laissera des cendres toxiques. Avant de reconstruire, il faudra décontaminer et avant tout, il est impératif de stopper le feu.

 

Évidemment, en face d’un tel désastre, il conviendra d’entamer un long processus de questionnement. Pourquoi construire une ville industrielle en plein cœur de la forêt boréale? Pourquoi ne pas avoir prévu une ceinture verte-agricole d’environ 5 km autour de la ville? Le chantier qu’entraînera la décontamination et la reconstruction sera fort probablement d’une ampleur sans précédant. Les ressources qui devront y être affectées seront également démesurées. Déjà, on estime à plus de 17 milliards de dollars la somme qu’il faudra investir pour réaliser les travaux. Il est à mon humble avis beaucoup trop tôt pour avancer des chiffres. La décontamination d’un territoire aussi vaste peut entraîner moult complications de nature technique. Il se peut même que nous ayons affaire à du jamais vu en matière de contamination croisée. Il se peut que nous ayons à inventer de nouvelles méthodes d’intervention.

 

Ce triste épisode va forcément créer des remous dans la société albertaine et même dans tout le pays. La fumée et les contaminants lancés dans l’atmosphère. Quels en seront les impacts sur les court, le moyen et le long termes? Pour les deux paliers de gouvernement, nouvellement élus, il s’agit à n’en pas douter de tout un test. J’espère seulement qu’une telle situation quasi-apocalyptique nous fera grandir mais j’ai un doute, un bien grand doute. L’espèce humaine me déçoit terriblement par les temps qui courent et cela à bien des égards. Ce sera, je vous le promets, l’objet d’une prochaine publication.

 

Entre-temps, nous n’avons pas d’autres choix que de regarder évoluer la situation et espérer. Espérer que des conditions climatiques favorables (orientation des vents, température plus froide, précipitations abondantes) viennent donner un coup de main aux centaines de sapeurs-pompiers qui font face à une tâche colossale. Des spécialistes et des équipements en provenance des quatre coins du pays sont présents sur les lieux, c’est vous dire la démesure de la situation.

 

La menace que l’incendie se propage et gagne d’autres provinces n’est pas encore écartée. En fait, seule des conditions climatiques favorables serait en mesure d’améliorer substantiellement la situation. Il nous faut envisager sérieusement que les forces en place pourront difficilement empêcher la progression. La seule possibilité est de creuser de très larges tranchées tout autour et ainsi mettre le feu dans une boîte, si vous me permettez l’expression, et de le combattre ensuite jusqu’à ce qu’il soit en panne de comburant. Continuons à aider de notre mieux, par des dons notamment!

 

En terminant, la reconstruction est-elle souhaitable? Se pourrait-il d’envisager autre chose? Cette tragédie pourrait-elle représenter l’occasion de concevoir l’aménagement du territoire autrement, en considérant de nouvelles avenues, notamment une approche environnementaliste? Parfois, un malheur peut engendrer des changements des habitudes, des rapports à la vie. Les travaux de décontamination seront titanesques et, c’est manifestement mon espoir le plus cher, ils révéleront les erreurs d’une vision à court terme basée sur le profit à tous prix. Je peux toujours rêver me diront certains… et bien oui, il faut entretenir nos rêves, c’est le moins que nous puissions faire.

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
Cet article a été publié sous le thème Environnement.
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2 commentaires

  1. avatar Par : michel dufour

    Encore un excellent article, une mise au point lucide, et des pronostics effrayants mais pas désespérés.
    Tu es très habile pour relier informations précises et actions efficaces.
    MD

  2. avatar Par : Éliane Vincent

    Si je peux juste apporter une précision : selon un communiqué largement diffusé, « des recherches menées sur des incendies de forêt en Californie qui ont brûlé des maisons et des communautés suggèrent que de tels brasiers laissent derrière eux un héritage de cendres corrosives et de métaux lourds toxiques. » (http://ici.radio-canada.ca/regions/alberta/2016/05/09/005-alberta-fort-mcmurray-feu-foret-incendie-toxique-environnement-toxicite.shtml)

    Les composantes des bâtiments sont soumis à des températures extrêmes durant une longue période, ça les dégrade jusqu’à l’état de poussière empoisonnée.

    L’industrie pétrolière n’est pas particulièrement ciblée ici, mais toutes tes questions restent fort pertinentes. On crie partout au loup climatique, mais on ridiculise les voix qui réclament des gestes concrets pour sortir du pétrole. On est bizarre.