Big brother à l’écoute…

Big brother à l’écoute?

Une dure semaine pour la démocratie québécoise, c’est le moins que l’on puisse dire. En début de semaine, nous apprenions que le journaliste Patrick Lagacé, du journal La Presse, avait été victime d’espionnage. Le SPVM avait obtenu d’une juge de paix un mandat lui permettant d’obtenir le registre des appels entrants et sortants de son cellulaire et cela sur une très longue période. De plus, on avait également la possibilité de le suivre avec la fonction de géo-localisation de son téléphone. Dans la foulée de cette révélation, une fuite nous révélait que la SQ s’était également livrée au même type de «surveillance» d’autres journalistes, dont Alain Gravel de la SRC. Que ce passe-t-il? Étrangement ou sans doute pas, tous les journalistes qui ont vu leurs sources et la confidentialité de leur travail bafouée interviennent dans des domaines près de la politique et de la justice. Ce n’est certainement pas un hasard.

Que nous retrouvions des corps de police s’évertuant à espionner des citoyens n’est pas surprenant en soi. Notre histoire récente est remplie d’abus et de coups fourrés à la saveur de «ce n’est pas ce que vous croyez…» Le chef démissionnaire du SPVM a d’ailleurs affimé qu’il n’avait rien contre la liberté d’expression… Ce qu’il y a de fondamentalement tordu dans tout cela c’est que des juges de paix puissent accorder ce type de mandat malgré le fait que la Cour suprême se soit prononcé clairement contre toute forme d’atteinte au droit des journalistes et des scientifiques de protéger leurs sources. Il existe des pays où personne ne parle parce que muselé par la peur. J’aimerais vous rappeler un discours de Nikita Kroutchev vers la fin du règne de Staline, alors qu’il était en plein milieu de son allocution, quelqu’un l’interrompit en l’invectivant par un «et toi camarade qu’est-ce que tu faisais à ce moment là?» Kroutchez enleva ses lunettes, les posa sur la table devant lui et demanda «qui m’a interrompu?» et n’obtenant aucune réponse après plusieurs minutes, Kroutchev dit «la même chose que toi camarade». Nous aimons bien croire que nous vivons dans un état de droit. Nous nous croyons à l’abri des innégalités et des coups décidés d’avance par des gens près du pouvoir. Les événements de la semaine que nous venons de vivre soufle un vent glacial sur nos institutions, nos droits démocratiques et nos libertés au sens large. Cet épisode d’espionnage remet tout en question. La liberté des chercheurs universitaires, des journalistes et carrément du simple citoyen. Le pouvoir qui veut savoir et qui utilise des moyens, oh combien puissants, mis à sa disposition et payés par nos taxes et impôts, anéantit nos libertés. Le gouvernement ordonne une commission d’enquête, une autre. La commission Charbonneau nous a laissé un goût amer, l’impression d’un travail bâclé et surtout inachevé. Si nous vivons vraiment dans état de droit, alors il est temps que les juristes se lèvent et refusent tout azimut d’avaler des couleuvres. Rappelons-nous, puisque nous faisons allusion à la commission Charbonneau, qu’une filature policière d’un grand argentier du parti libéral fut interrompue, parce que l’homme en question rencontrait soudainement Jean Charest…

«La dictature s’épanouit sur le terreau de l’ignorance.» George Orwell

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À propos de l'auteur : Pierre Lachaine

Je suis un marin et un historien dans l'âme. Montréalais d'origine, j'ai vécu le Montréal communautaire des petits quartiers tissés serrés et solidifiés à l'huile de Saint-Joseph. J''aime bien les voyages dans le temps, les retours dans le passé, les introspections au présent et les projections dans le futur. Voilà ce que je vous propose bien humblement, partager avec vous mes réflexions, mes espoirs et mes coups de cœur sur l'ensemble des activités humaines dans la spirale temporelle. Pierre Lachaine
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