À quand l’apprentissage de la vraie économie quotidienne?

J’ai entendu beaucoup de discussions dernièrement sur ce qui devrait être inclut dans le programme d’éducation secondaire. De l’analyse Facebook d’une amie remplaçante au jeune homme qui a démarré une pétition exigeant l’ajout de certains apprentissages essentiels en passant par les entrevues avec le nouveau Ministre ou un reportage sur l’enseignement inversé, les bonnes idées ne manquent pas. Mais j’aimerais vous parler d’un sujet qui m’exaspère depuis longtemps : le cours d’économie.

Après avoir été temporairement retiré, le cours d’économie de cinquième secondaire effectuera bientôt un retour. Ce qui ramène bien sûr la question du contenu.

Je fais partie des étudiants qui ont eu un cours complet en économie. C’était un cours agréable. Les profs étaient jeunes et dynamiques, les notions pas trop complexes et les exigences pas trop élevées. On regardait une ou deux pubs par cours pour les critiquer. On avait un gros projet de stimulation de la bourse à faire en équipe et les équipes qui performaient le mieux recevaient une bourse en argent. Deux télévisions diffusaient LCN pour qu’on suive les cotes de la bourse. On nous avait proposé de participer au concours Endettement : prudence (que j’avais remporté dans la catégorie texte). Bref, c’était le cours relax de l’horaire.

Mais là où le bât blesse, c’est lorsque je constate ce qu’on ne nous a pas appris : faire un budget, faire ses impôts, comprendre un relevé de paie, bien comprendre les frais de l’Interact et des cartes de crédit, comprendre les frais bancaires, connaître les types de crédit, connaître les types de produits d’épargnes, connaître les types d’investissements financiers, saisir l’importance du dossier de crédit (et comment le conserver ou le rétablir), etc.

Pourquoi se servir du gros projet pour apprendre le fonctionnement de la bourse? Pourquoi ne pas avoir eu des mises en situations fictives où l’on devrait créer la vie économique d’un personnage? Lui créer un compte bancaire fictif, le faire épargner, lui faire faire un budget et ses impôts, réfléchir sur ses dépenses, analyser les frais bancaires et de crédit, lui faire faire des choix impliquant un prêt étudiant/une hypothèque/du crédit?

Ok, je comprends que c’est beaucoup d’ouvrage pour créer autant de faux profils… Je comprends aussi qu’il y a beaucoup de notions à couvrir (ex : faire les impôts est différent si on est employé ou entrepreneur). Mais à la limite, il suffirait de créer un canevas de base, couvrant la base, en changeant les chiffres pour chaque équipe, non?  De toute manière, l’idée serait de forcer les jeunes à s’interroger sur l’impact de leurs choix financiers, pas de tout couvrir.

Et même si un élève copiait, il en apprendrait plus que si on ne lui parle à peine de ces sujets, non? De toute manière, dans le jeu de bourse, quelqu’un avait triché en modifiant leurs données dans le système informatique et avait obligé les professeurs à effacer les données de tout le monde à 3 semaines de la fin du projet, alors…

Je ne dis pas que la bourse n’a pas sa place dans le cours d’économie. C’est important de comprendre son rôle et de comprendre qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un moyen infaillible de faire de l’argent. Ce qui n’est pas normal c’est qu’elle ait pris autant de place dans ma classe d’alors. J’étais dans un programme enrichi, c’est possible que certains anciens collègues de classe fassent actuellement des placements à la bourse. Mais je vais prendre une chance et affirmer qu’il y a plus d’anciens élèves qui auraient aimé savoir combien gérer le crédit et les frais bancaires plutôt que le fonctionnement de la bourse…

Il y a aussi le fait qu’il n’y ait que peu de chose à comprendre à la bourse… Honnêtement, les instructions que nous avons eu concernait surtout le fonctionnement du logiciel et il n’y a pas eu de retour sur l’expérience (ou du moins, je ne m’en rappelle pas)… Les deux seules choses que j’ai retenues sont que regarder les cotes de la bourse m’ennuient et qu’on peut profiter du malheur d’autrui (nous avions investi dans Air Canada après le 11 septembre à la suggestion de mon père qui m’avait dit que l’action allait remonter rapidement une fois que le gouvernement serait venu à la rescousse, ce qui est effectivement arrivé)… Pas super comme leçons de vie…

Bref, j’espère sincèrement que les gens qui travaillent sur le nouveau programme d’enseignement de l’économie oseront au moins fournir une base économique réelle aux futurs citoyens. Je n’oserai  tout de même pas rêver à l’apprentissage de d’autres systèmes économiques… juste qu’on leur donne les clés pour qu’ils ne soient plus autant démunis devant la bête économique…

avatar

À propos de l'auteur : Geneviève Malenfant

Je suis originaire de l’Abitibi et j’ai fais mes études à Montréal. J’habite Rivière-du-Loup depuis presque 5 ans. Je travaille comme audiologiste (je fais des tests d’audition). Je m’implique auprès des Pétroliques anonymes, un organisme qui lutte conte la dépendance au pétrole, parce que je crois fermement que la meilleure façon de faire faire au plus grand défi de notre ère, c’est ensemble. Je tiens une chronique de littérature jeunesse dans la Rumeur du Loup parce qu’aimer lire, c’est savoir trouver le bon livre, et qu’aimer lire permet d’ouvrir toutes les portes de la vie. Je participe régulièrement au Cabaret Kérouac et j’assiste à de multiples événements culturels parce que la culture, c’est la vie à son meilleur! Je vais donc vous entretenir en vrac des sujets qui me tiennent à cœur: la protection de l’environnement, la promotion de la santé, la culture sous toutes ses formes, l’implication citoyenne, le féministe, etc. Au plaisir de jaser avec vous!
Cet article a été publié sous le thème Économie, Politique, Sociales et communautaires.
Ajouter le permalien à mes signets.

1 commentaire

  1. avatar Par : Éliane Vincent

    Hélas, notre système économique repose tout entier sur l’ignorance des masses. Si nous étions moins ignorants, nous ne nous laisserions pas enfoncer dans la gorge l’idée que l’argent comptant, c’est dépassé, laissant toute la place à l’argent de plastique et à ses frais associés, si lucratifs pour les banquiers.
    Enseigner la citoyenneté économique? Parions que les économistes veilleront à ce que les contenus soient minutieusement expurgés de tout ce qui pourrait faire de nous des consommateurs mieux avisés!