À l’impossible sommes-nous tenus?

Après quelques centaines de milliers d’années à se taper dessus pour un oui ou pour un non, nous voici en 2016 sur Terre, et le combat du jour oppose l’Occident à l’Islam. Selon qu’on soit va-t-en guerre ou bien-pensant, l’opinion variera sur la manière de combattre les effets secondaires douloureux de ce conflit.

Le progrès touchant toute chose, les attaques se sont raffinées : elles sont devenues individuelles, presque spontanées, imprévisibles. La riposte armée en devient impossible sans brimer dangereusement les libertés individuelles. Il semble que nous soyons arrivés au bout de la logique de répression.

Alors avant de réinstaurer l’Inquisition, si on essayait une technique inédite? On n’a plus rien à perdre, me semble… Voyons voir.

  • Attendu que l’instinct de survie est prodigieusement puissant chez l’humain, et qu’il faut une motivation très forte pour qu’un individu accepte de faire le sacrifice de sa vie.
  • Attendu que que la frustration et le sentiment de rejet provoquent la colère, que ça commence en général à l’âge de… quelques heures chez l’humain, et que ça dure toute la vie.
  • Attendu que la différence est inquiétante pour les espèces grégaires comme la nôtre.
  • Attendu que le monde entier témoigne chaque jour que la haine engendre la haine.
  • Attendu que le phénomène inverse, l’apprivoisement, est assez bien documenté.
  • Attendu que nous avons de nombreux exemples, du docteur Julien à L’Itinéraire, qu’il est possible, à petite échelle, de restaurer un individu mal parti, et donc que l’amour engendre l’amour.
  • Attendu que les flux migratoires sont inévitables – l’Histoire en témoigne abondamment –, que le migrant volontaire ou forcé cherche généralement à améliorer son sort, et qu’il n’a pas a priori d’intérêt à détruire son hôte*.
  • Attendu que l’objectif des extrémistes est de saper le moral de leurs ennemis en convainquant des individus frustrés et endoctrinés de tirer sur la corde de leur ceinture d’explosifs.
  • Attendu que mon objectif est de ne pas voir une ceinture exploser dans un lieu rempli de gens qui n’ont rien à voir là-dedans.

Je conclus que je dois m’arranger pour que ma population immigrante se sente immigrante le moins longtemps possible. Ce vivre ensemble que l’on dit impossible, il est pourtant la seule solution. Il n’est pas le multiculturalisme, qui nous getthoïse sans nous rassembler. Il n’est pas l’assimilation, qui nous McDonaldise désespérément.

Je propose de tenter l’impossible : mettre de côté 300 000 ans de peurs, un humain à la fois. Je propose de vivre en trouvant mille manières de mieux connaître ce qui pourrait nous faire peur, un « autre » à la fois. Je propose de faire honnêtement notre boulot d’humains en pratiquant l’apprivoisement intensif, de tous les côtés de la porte tournante.

Je propose de travailler pour que tous ceux qui vivent ici – natifs et immigrants – aient une vie agréable, confortable, inclusive. De favoriser les occasions de rencontre pour apprivoiser nos différences. De préférer la complémentarité des compétences aux ghettos économiques.

Un citoyen heureux n’a que faire d’une ceinture d’explosifs.

Je propose de se donner quelques siècles pour voir si ça marche.

Ça n’arrivera jamais.

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* Je n’inclus pas ici les terroristes venus spécifiquement pour porter le combat en terre « impie ». C’est le travail des forces de l’ordre de combattre ces organisations, et il doit être fait rigoureusement.

 Les coïncidences cosmiques

sont toujours troublantes. Après avoir écrit ce texte, à la recherche de sources pour étayer mon propos, j’ai vu dans La Presse une lettre ouverte qui pourrait faire passer mon texte pour du plagiat. Que nenni. Les astres doivent être alignés.

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À propos de l'auteur : Éliane Vincent

Je viens de la ville. La grande, la mal-aimée : Montréal. J'en garde de fort beaux souvenirs mais c'est au Kamouraska, où la vie m'a fait le bonheur de m'appeler, que j'ai compris les vraies affaires : la vie ensemble, les voisins, le pays, la beauté, le respir. Depuis toute petite, je suis sur la clôture. Jamais dans une gang, jamais dans l'autre, toujours en marge, à essayer de comprendre le pourquoi de tout. Je lis, j'écoute, je regarde et, si vous le permettez, je partagerai avec vous ce que tout m'inspire. On s'asseoira ensemble sur la clôture...
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2 commentaires

  1. avatar Par : Gaston Lagacé

    Et ça passe aussi par un apprentissage de la résolution pacifique des conflits dès l’école primaire. Et la lutte de la jeune Malala pour la scolarisation des filles doit être appuyée pour les mêmes raisons.
    En somme, il y a bien des façons de faire avancer les choses en amont plutôt que de se limiter à l’artillerie quand on est rendus à constater les actes…
    Merci d’avoir soulevé ces éléments fondamentaux, Éliane.