Un peuple de mononcles

Vendredi, Louis Roy, président de la CSN, a parfaitement résumé la situation : le projet de loi 78 a été écrit par des «mononcles impuissants» contre une génération qui va «les botter dehors». Maintenant, c’est tout un peuple de mononcles qui s’est rangé derrière le gouvernement Charest et qui a applaudi la perte de ses droits collectifs. En lisant ce sondage de La Presse paru samedi matin qui donne 66% des québécois en faveur de la loi spéciale, j’ai eu l’impression de me réveiller dans un film d’Elvis Gratton.

Dans toute cette crise étudiante, la question même des frais de scolarité ne m’a jamais réellement intéressée. Comme disait Coluche, je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire. Si c’est la troisième fois que j’écris dans le blogue à ce sujet, c’est bien parce que cette crise est fascinante par ce qu’elle révèle de nous-même. Et ce qu’elle révèle n’est pas très beau.

Que signifie cette hargne envers les étudiants ? Je peux parfaitement concevoir qu’on ne soit pas d’accord avec leurs revendications. Je peux aussi comprendre qu’on désapprouve leurs méthodes. Mais ceci ne peut pas expliquer la charge émotive que la population en générale laisse exploser contre les étudiants. Ni ce désire irrationnel de vouloir leur mettre une fessée à tout prix, quitte à bafouer nos droits civiques.

Cette détestation épidermique de la population québécoise envers cette jeunesse turbulente est de même nature que celle d’un Elvis Gratton envers les séparatisses. Elle s’exprime de manière aussi loufoque et incohérente. On a vu des journalistes chevronnés perdre les pédales devant des jeunes posés qui ne se laissaient pas démonter aussi facilement que prévu. On a vu des militaires proférer des menaces de mort sur le web parce qu’on avait collé quelques carrés rouges sur des monuments à la mémoire des soldats disparus. On a entendu du personnel politique comparer l’explosion d’une bombe fumigène dans le métro à un attentat terroriste. On dénonce la violence à coup de matraques. Un éditorialiste sérieux réclame qu’on utilise le bâton pour terrasser le serpent du désordre. Qu’ont-ils donc tous ces mononcles à paniquer devant cette jeunesse qui veut se faire entendre?

Parce que le Québec est vraiment en train de paniquer. Rien de moins. On crie comme une fillette en apercevant le «serpent du désordre». Le désordre : voilà bien la plus grande menace pour la société québécoise, n’est-ce pas ?

Au Québec, on peut corrompre les élus, dilapider les ressources naturelles, détruire l’environnement, étouffer une culture, assimiler un peuple, endetter une génération, détourner le travail de 99% de la population au profit du 1% qui possède le pouvoir… l’important c’est que ça se fasse dans l’ordre et dans le calme. Il ne faut surtout pas déranger mononcle pendant qu’il écoute son hockey.

 

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À propos de l'auteur : Nicolas Gagnon

J’ai grandi au centre-ville de Québec et poursuivi mes études à Montréal et à Paris. Je me suis toujours senti bien au milieu de la foule et de l’effervescence des grandes villes, sans doute pourquoi j’ai étudié en urbanisme. Mais alors, qu’est-ce que je fais ici, depuis 10 ans, en région ?? Il m’arrive encore de me poser la question… Au début c’était juste pour la job. Puis sont arrivés les enfants et j’ai réalisé que Rivière-du-Loup est quand même pas mal comme milieu pour élever une famille. Aujourd’hui, j’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène. Enfin, je peux (presque) dire qu’ici, c’est chez moi.
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J’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène.

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9 commentaires

  1. avatar Par : Anne-Marie Morin

    Ce texte me rejoint… je ne suis donc pas seule à être désolée de la façon dont la crise étudiante a été traitée. Peu importe qui a raison. La façon dont ce gouvernement a géré cette crise est indigne et insultante. Comment se fait-il alors qu’autant de citoyens sont contents de cette arrogance? C’est que ce gouvernement est passé maître dans l’art de la manipulation. Il a créé uns psychose de «l’étudiant anarchiste et révolutionnaire» . Il applique un remède de cheval à une mouche avec sa loi spéciale. C’est inquiétant…Comment cela finira-t-il? La force est l’arme des faibles.
    La grande erreur, s’il y en a une, à moins que se soit une stratégie gouvernementale…c’est d’avoir tant tardé à s’occuper du problème. Pendant deux mois ce fut l’indifférence méprisante. On n’agit pas ainsi quand on aime son peuple.

    Et pendant ce temps…Maître Jean s’occupe du Plan Nord et de d’autres dossiers que les Québécois ne veulent pas. C’est ça la vraie couleuvre qu’il nous fait avaler pendant que les projecteurs sont sur la crise étudiante!!!

  2. Wow. Beau texte qui résume la situation.

    Je ne comprenais pas pourquoi les animateurs et journalistes perdaient les pédales en entrevu, la je comprend plus.

    Comme un autre chroniqueur de la presse la suggéré, le monde sont tannés d’en entendre parler.

    Faut comprendre par exemple qu’un travailleur qui lit le journal de Montréal tout les jours, et qui écoute les nouvelles TVA de 6 heure; le mènera vers cette opinion.

    Je ne suis pas très connecté avec l’opinion de masse ( tv, radio, journal de québec) mais lorsque je regarde un journal de Québec qui traîne, c’est tellement malade les choix de titres, les choix d’images… C’est capoté.

    Par exemple, on dirait que la situation de VictoriaVille à été mis en place pour que cela dégénère, pour faire avaler cette loi C-78 au nom de l’ordre social… Maintenant faut voir c’est quoi la prochaine stratégie après: 1- avoir radicalisé Nadeau-Dubois 2- avoir dit que les étudiants ne voulaient pas négocier,3- vouloir ramener la paix social d’une crise qu’ils ont eux même créé.
    Quel est la suite?

  3. avatar Par : Raymond Cadrin

    Bravo Nicolas pour ton texte. Oui, je fus surpris de constater
    encore une fois que je faisais parti de la minorité lors du sondage paru samedi concernant la loi spéciale! C’est décourageant de constater encore l’affront de ce gouvernement face à la jeunesse. On la considère vraiment « comme des enfants d’école malcomodes » et que cela a assez duré. C’était très émouvant d’entendre les représentants étudiants s’exprimer sur la loi spéciale…Ce n’est pas la majorité des étudiants-es qui sont encore en grève, mais c’est une grosse majorité qui n’a pas accepté le projet d’entente!
    Je n’avais pas le goût tout de suite d’entendre parler de campagne électorale, mais je commence à croire que serait de plus en plus essentielle!

    • avatar Par : Nicolas Gagnon

      Raymond,
      Au point où nous sommes rendus, une élection générale est probablement la seule chose qui pourra réellement désamorcer la crise.

  4. avatar Par : Marc Fraser

    Je crois que nous sommes au coeur d’une épreuve de force qui déterminera l’agenda politique pour plusieurs décennies à venir. Lorsqu’on analyse le comportement des gouvernements néo-libéraux, voire conservateurs, il faut reconnaître que l’idéologie prime sur l’idéal du bien de la nation. Comme si, une fois au pouvoir, les gouvernement entraient en lutte ouverte avec la partie de la population qui n’endosse pas ses positions, imposant son agenda sans pudeur aucune. Un peu comme s’ils estimaient que le fruit était mûr et que la masse des indifférents était largement suffisante pour imposer un nouvel ordre qui n’a que faire de la démocratie, sauf au soir de l’élection. Je ne me rappelle d’ailleurs pas de la dernière fois que j’ai entendu un premier ministre (canadien ou québécois) exprimer son allégeance au peuple, plutôt qu’à la prospérité économique.

    • avatar Par : Nicolas Gagnon

      Marc,

      Jusqu’ici, la masse des indifférents était effectivement largement suffisante pour qu’on nous impose à peu près n’importe quoi. Ce qui me réjouit le plus dans ce qui se passe au Québec depuis quelques mois, c’est qu’on dirait qu’on assiste enfin à un réveil… d’une partie de la population. Enfin, un groupe de gens n’acceptent plus la fatalité et montrent courage et conviction à défendre leurs valeurs.

      Voilà une nouvelle réjouissante pour qui souhaite du changement, même si la grande majorité de la population demeure engourdie par 60 ans d’abrutissement capitaliste (non le fait de critiquer le capitalisme ne fait pas de moi un communiste).

      Il reste – et ce n’est pas rien – à canaliser ces forces en éveil vers des combats qui comptent vraiment (l’éducation est un de ces combats, mais pas la hausse des frais de scolarité) et à structurer un discours capable de rallier tous ceux qui souhaitent des changements en profondeur dans la société.

      Ça nous mène bien loin de la lutte des étudiants…

  5. avatar Par : Cybele Rioux

    J’aime bien ce point de vue, ça me rejoint. Il faut croire que ça fait tellement longtemps qu’on jouit de notre confort qu’on oublie qu’il faut parfois en sortir pour l’assurer à plus long terme… C’est aussi ça la démocratie, une responsabilité collective envers les générations futures. Et taper sur elles n’est pas une belle façon de l’assumer!

    Pour le sondage, je suis sceptique : http://t.co/KRWwVHCF

    En plus d’une très longue feuille de route qui mine la crédibilité de Charest : http://bit.ly/JtRYKN

    • avatar Par : Nicolas Gagnon

      Cybele,

      Merci de partager ces liens avec nous. très intéressante cette information sur la manipulation des sondages.

  6. avatar Par : Caroline Roy

    Article intéressant et riche de sens mais revenons à la base… La rivalité et la méfiance sont les pires ennemis de la coopération. Il est indispensable de créer la confiance pour générer l’esprit d’équipe. Cela s’applique de quelles façons en démocratie??

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