En matière de patrimoine, les lois et règlements du Québec sont impuissants à protéger les témoins de notre histoire. Trop souvent, l’intervention publique en faveur du patrimoine – celle du ministère de la culture en particulier – se limite à attribuer un statut légal à un bâtiment. Le ministre tout sourire au moment de l’annonce officielle dit alors : «voilà, le bâtiment est protégé !». À partir de ce moment, élus et fonctionnaires peuvent garder bonne conscience en regardant le dit bâtiment s’écrouler. Ils ont fait leur travail.
C’est exactement ce qui s’est passé dans le cas du moulin du Petit-Sault situé à L’Isle-Verte, le long de la route 132.
Ce bâtiment, aussi appelé moulin Lagacé, a été construit en 1823 sur le site d’un autre plus ancien. Ce moulin à farine a cessé de fonctionner en 1959. À peine trois ans plus tard, en 1962, alors que le moulin était encore en excellent état de conservation, le gouvernement du Québec accordait la plus haute protection patrimoniale à l’immeuble, reconnaissant ainsi sa grande valeur. Il s’agit en effet d’un des derniers moulins à farine à l’est de Rivière-du-Loup et le plus ancien du Bas-Saint-Laurent. Or, depuis ce classement officiel, depuis 50 ans : plus rien. Malgré les cris d’alarme répétés et les appels à la sauvegarde de ce précieux témoin du régime seigneurial, la propriétaire du site et les autorités se contentent de regarder le moulin tomber en ruine, les bras croisés. Aujourd’hui il est trop tard. Il n’y a plus rien à faire. Le moulin est perdu.

L'intérieur du moulin présente manifestement un grand danger pour quiconque s'y aventurerait. Pourtant, l'édifice n'est pas placardé.
Au mieux, des sommes pourraient être investies pour sécuriser les ruines en retirant tous les éléments de charpente et en consolidant les quelques murs en maçonnerie qui peuvent encore être sauvés. Il ne restera plus qu’à implanter un beau panneau d’interprétation montrant des photos anciennes, pour nous rappeler à quoi ressemblait le moulin il y a de celà quelques décennies à peine. Un beau gâchis !

Le magnifique site du moulin est pourtant bien localisé en bordure d'un axe touristique passant. Il aurait facilement pu supporter une mise en valeur culturelle et touristique.
Autant les lois et règlements seuls ne peuvent garantir la préservation du patrimoine, autant la volonté citoyenne le peut, elle. L’histoire de l’école de l’Anse-du-Portage nous en fournit un exemple. Pendant que le moulin du Petit Sault agonisait dans l’indifférence, un petit groupe de citoyens de Notre-Dame-du-Portage s’est mobilisé pour ressusciter un magnifique morceau du patrimoine local.
Construite à la fin du XIXe siècle, l’ancienne école de rang du secteur de l’Anse-du-Portage, à l’extrémité est du village de Notre-Dame-du-Portage, a dû être déménagée en 1960, au moment de la construction de la route 132. Pendant 50 ans, le bâtiment a servi d’entrepôt sur un lot forestier de la route de la Montagne. Ce qui est remarquable, c’est que malgré ce nouvel usage peu glorieux, les propriétaires du terrain où il avait été déplacé ont continué jusqu’à aujourd’hui à entretenir le bâtiment sans le dénaturer. Bien d’autres auraient recouvert les murs en bardeaux par du vinyle ou de la tôle. Jusqu’à tout récemment, la petite école est restée ainsi cachée de tous, intacte, attendant sa renaissance.
Quand des citoyens de la municipalité ont réalisé que, non seulement la vieille école avait survécue, mais qu’elle était dans un état de conservation remarquable et que, de surcroît, un projet résidentiel nécessitait qu’elle soit à nouveau déplacée ou démolie, un magnifique projet de mise en valeur s’est amorcé.
Chapeau aux membres de l’organisme Patrimoine et Culture du Portage, et notamment à M. Aubert Ouellet et à M. Jean-Guy Boucher, qui se sont démenés pour acquérir le bâtiment et le faire déménager à proximité de son site d’origine. C’est à partir d’aujourd’hui (samedi le 11 août) que la population locale et les touristes pourront voir la vieille école sur son nouvel emplacement, dans le parc de l’Anse. Là elle sera transformée en lieu communautaire et d’interprétation. La passion communicatrice de ces citoyens a permis que la réhabilitation de ce bâtiment devienne une véritable entreprise communautaire. La municipalité de Notre-Dame-du-Portage et la MRC de Rivière-du-Loup ont contribué au financement du projet. Plusieurs compagnies, dont l’identité sera dévoilée lors de l’inauguration officielle de la « vieille école de l’Anse » en mai 2013, ont également accepté de commanditer le projet de façon significative.

L'école sur son nouvel emplacement. La dernière étape de son déménagement a nécessité que le bâtiment soit coupé en 2 (toiture et rez-de-chaussée). Photo: David Guimont.
Plusieurs exemples dans la région démontrent que le patrimoine historique ne survit bien souvent que grâce à la détermination du milieu à le préserver et à le mettre en valeur. Pensons à la cour de circuit à l’Isle-Verte ou bien au manoir Fraser, et maintenant à la vieille école de l’Anse-du-Portage. Sans cette volonté locale, aucune mesure règlementaire, aucune loi, aucun fonctionnaire ne viendra sauver notre patrimoine à notre place. Le cas du moulin du Petit-Sault en est une démonstration tragique. Il y a sûrement là une leçon à méditer pour être en mesure de faire face au défi de la sauvegarde des églises sur notre territoire.






Tout à fait! Bel article! Merci.
Effectivement, il a été trés décevant de voir dépérir ce moulin au fil des ans…Il faut souligner les belles tentatives de gens de l’Isle-Verte, en autre par le Comité de développement pour sauver celui-ci, mais il appartenait à un privé qui n’acceptait pas de le céder pour lui donner une nouvelle vie..c’est malheureux! Ce qui prouve que certaines initiatives du milieu ne suffisent pas toujours, il faudrair peût-être des règles plus contraignantes quand un bâtiment est classé patrimonial. Cependant, bravo au Comité du patrimoine de Notre-Dame-du Portage pour toutes les démarches et le déménagement récent de la vieille école, pour lui redonner une nouvelle vie et qu’elle soit une fierté pour le milieu!
Bravo Nicolas pour le texte d’intérêt et les photos qui parlent…
Concernant les règles qui s’appliquent aux bâtiments classés par le ministère de la Culture : plusieurs existent déjà. Dans leur état actuel, elles sont souvent un empêchement à poser des gestes qui sauveraient l’immeuble. J’ai eu connaissance d’une amende exigée d’un propriétaire qui a fait réparer en urgence un toit qui coulait. Je crois que les règles devraient être révisées en mettant à contribution des propriétaires de biens culturels classés.
Le laisser-faire est toujours plus simple que l’action. C’est pourquoi il faut être reconnaissants à ceux qui se mobilisent et travaillent d’arrache-pied pour préserver les témoins du passé.
Chez nous à Saint-Pacôme, une équipe d’une douzaine de bénévoles ont trimé durant une décennie pour ramener à la vie le dernier moulin du village. Le moulin Casgrain-Lévesque était à l’abandon depuis 40 ans et menacé de démolition par les indifférents qui lorgnaient sur le magnifique terrain qui serait ainsi libéré, en plein coeur du village.
Pour empêcher ça, et malgré le scepticisme général, ces quelques optimistes ont cherché des appuis, les ont trouvés, ont négocié dur, ont sacrifié touts leurs samedis pendant 10 ans pour rénover, redresser et revamper ce bâtiment riche d’histoire. Aujourd’hui, il est habité et trône fièrement au bord de la rivière, prouvant que la folie créatrice donne parfois de fort beaux résultats!
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