Pour un printemps érable, québécois et étudiant

Depuis quelques semaines, un Manifeste pour un printemps Érable circule sur les réseaux sociaux. Un manifeste qui appelle à une nouvelle révolution tranquille au Québec, une révolution sociale et verte. Il est vrai que la société québécoise est actuellement traversée par une effervescence certaine. On ne peut pas le nier. On a eu le mouvement des indignés à l’automne, puis une grève étudiante historique qui s’enlise de manière scandaleuse, une mobilisation citoyenne record pour le jour de la terre, bref, il se passe quelque chose.

Pour régler la crise de la grève étudiante, il faut d’abord comprendre que cette grève s’inscrit dans ce mouvement citoyen plus large. Réduire les revendications des étudiants à une question de chiffres et leur répéter constamment comme un mantra que tout le monde doit faire sa part pour payer les universités conduit inévitablement à un dialogue de sourd : d’un côté il y a une jeunesse qui a soif d’idéal, qui appelle à une forme de révolution, et de l’autre, on a un gouvernement qui dit «ouin, mais ça va coûter trop cher». Comment voulez-vous que ça finisse ?!

Et si on la faisait cette révolution ?

Ça fait toujours peur le changement, mais je suis d’avis que la crise actuelle est l’occasion idéale de signer un nouveau contrat social avec la jeunesse québécoise. Voici les termes du contrat que je propose :

Le gouvernement doit reconnaître l’importance capitale de l’éducation pour faire avancer la société québécoise et donc permettre l’accès gratuit à l’université. Mais attention, la gratuité a un prix… Pour que l’état paie la totalité des droits de scolarité, chaque étudiant devra avoir accompli son service civil. Un service civil, c’est comme un service militaire, mais au lieu de faire du drill et d’astiquer des fusils, les volontaires font œuvre utile. Ainsi, avec l’aide de centaines d’organismes sociaux accrédités, on pourrait envoyer une armée de jeunes combattre la pauvreté, la misère, la pollution, l’ignorance.

On pourrait dire, mettons, que pour chaque année donnée au service civil, l’état paie 3 ans de frais de scolarité. Ceux qui ne souhaitent pas effectuer leur service civil n’auraient qu’à payer. On pourrait monter les droits de scolarité jusqu’à 5 000 $ ou 10 000 $ par année pour les fainéants, je n’ai pas de problème avec ça.

Un service civil serait encadré comme un service militaire. Les jeunes seraient logés et nourris par l’état pendant un an en retour d’un travail dur et exigeant. Mais un travail qui fait avancer la société québécoise.

Les jeunes sont dans la rue pour réclamer une société plus juste, plus écologique, plus équitable, plus inclusive. Donnons-leur les moyens d’y travailler eux-mêmes. Envoyons des jeunes francophones à la rencontre des amérindiens pour aller travailler dans leurs communautés à la manière de ce que fait Joé Juneau au Nunavik. Donnons-nous enfin les moyens d’aider les poqués de la vie autrement que pendant la Guignolée des médias à Noël. Donnons aux jeunes l’occasion d’aider les vieux à connaître une fin de vie plus digne que celle qu’on leur réserve dans certains CHSLD. Mettons les bras de la jeunesse à la disposition des organismes de bassin versant pour les aider à restaurer les rives des cours d’eau en milieux agricoles. Ce n’est pas le travail qui manque au Québec, ni les bonnes causes.

Un service civil entraîne certes des dépenses supplémentaires pour un état, mais ce sont des dépenses rentables. Il y a 20 ans, le service militaire se rencontrait dans la majorité des pays du monde, et encore aujourd’hui il demeure obligatoire dans plusieurs dizaines de pays. Si ces états peuvent se permettre de payer pour faire marcher leur jeunesse au pas, on peut penser à quel point notre société serait gagnante si on utilisait cette force pour appuyer le travail des milliers d’organismes sociaux ou environnementaux qui sont déjà à pied d’œuvre pour construire jour après jour un Québec meilleur.

Voilà, problème réglé ! Vous n’avez même pas à me remercier. Mais si vous insistez, vous pouvez toujours signer cette pétition en ligne pour réclamer que je me présente comme premier ministre aux prochaines élections…

Plus sérieusement, vous pensez quoi d’un service civil pour le Québec en retour de la gratuité dans les universités ? Farfelu ?

 

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À propos de l'auteur : Nicolas Gagnon

J’ai grandi au centre-ville de Québec et poursuivi mes études à Montréal et à Paris. Je me suis toujours senti bien au milieu de la foule et de l’effervescence des grandes villes, sans doute pourquoi j’ai étudié en urbanisme. Mais alors, qu’est-ce que je fais ici, depuis 10 ans, en région ?? Il m’arrive encore de me poser la question… Au début c’était juste pour la job. Puis sont arrivés les enfants et j’ai réalisé que Rivière-du-Loup est quand même pas mal comme milieu pour élever une famille. Aujourd’hui, j’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène. Enfin, je peux (presque) dire qu’ici, c’est chez moi.
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J’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène.

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6 commentaires

  1. avatar Par : Raymond Cadrin

    Je suis content de retrouver dans le Blogue citoyen un texte d’analyse et de prise de position sur le conflit concernant la hausse des droits de scolarité.Bravo Nicolas pour avoir lancé cette idée audacieuse de service civil…Je crois qu’on est loin de cela et que cette idée aurait de la difficulté à faire son chemin. Je vois déjà beaucoup d’opposition à une formule qui apparaîtrait à un certain point obligatoire…si on retrouvait des coûts importants de frais de scolarité pour ceux qui n’embarqueraient pas dans dans ce service civil.
    Dans un premier temps , il faut revaloriser l’engagement citoyen et l’importance de la contribution de chacun/e dans l’amélioration de notre société. Par contre, avec l’enlisement du conflit actuel et la fermeture bête du gouvernement…des jeunes sortiront de cette expérience avec moins le goût de tenter de changer des choses…

  2. avatar Par : Nicolas Gagnon

    Raymond,
    Je crois aussi que nous sommes très loin de voir un service civil s’implanter au Québec. Jamais les politiciens que nous avons oseraient proposer un tel changement. Ce qui ne veut pas dire que c’est une mauvaise idée.
    Par contre, je ne comprends pas trop quand tu dis que «dans un premier temps , il faut revaloriser l’engagement citoyen et l’importance de la contribution de chacun/e dans l’amélioration de notre société»… l’idée d’un service civil vise précisément à revaloriser l’engagement citoyen et l’importance de la contribution de chacun/e dans l’amélioration de notre société.

    • avatar Par : Raymond Cadrin

      Oui, je comprends que l’idée du service civil est dans cet optique, mais avant de proposer une telle mesure qui paraît plus exigeante et contraignante, il est nécessaire de redonner de la valeur à l’engagement citoyen sur une base plus volontaire…

  3. avatar Par : Éliane Vincent

    J’aurais tendance à être d’accord avec monsieur Cadrin. Le service civil sur une base obligatoire sera aussi méprisé par la population que le service militaire, tout simplement du fait de la contrainte. Évidemment, c’est une première impression et une réflexion approfondie me ferait peut-être changer d’idée.

    Pour ma part, je pencherais plutôt pour la gratuité conditionnelle à la contribution future par le travail : le travailleur qui paie des impôts au Québec rembourse de facto ses frais de scolarité. Former des universitaires assure au trésor public des retours sur l’investissement commandés par le salaire plus élevé que procure une diplomation universitaire.

    Le citoyen qui exercerait sa profession au Québec après son diplôme pourrait donc profiter pleinement de la gratuité de ses études. Mais celui ou celle qui déciderait de s’exiler, comme ça se fait souvent, pour profiter de taux d’imposition inférieurs ailleurs devrait rembourser ses études. Il s’agirait évidemment d’évaluer un temps de rétention proportionnel à chaque diplôme.

    Ça me paraît plus équitable à première vue.

  4. avatar Par : Nicolas Gagnon

    Éliane, je propose bel et bien un service civil volontaire, non obligatoire. Ni plus ni moins qu’une solution offerte à ceux qui veulent éviter de payer des frais de scolarité à l’université. On s’entend qu’instaurer un service civile obligatoire serait ridicule et contre-productif.

    Là où Raymond pense que ce service civil devient quasi obligatoire c’est quand j’affirme que le gouvernement, ayant mis en place cet échappatoire vers la gratuité, aurait beau jeu de hausser les frais de scolarité à la hauteur de ce qu’on paie ailleurs au Canada. Pour ma part, je pense que ce serait justifié de remonter les frais de scolarité tout en offrant la possibilité à ceux qui le veulent de ne rien payer en échange d’un an de bons et loyaux services envers la société.

    • avatar Par : Éliane Vincent

      Merci pour l’éclaircissement,c’est une solution qui mérite certainement qu’on y accorde une sérieuse réflexion!

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