Je pars du constat suivant : le cynisme mine ma vie politique. D’emblée, je pourrais blâmer les politiciens qui restent sourds à mes appels pour une réforme du mode de scrutin, mais je préfère leur proposer une solution plus simple à appliquer. Voyons d’abord la nature du problème.
La première scène
Il y avait déjà plusieurs mois que les analystes annonçaient une campagne électorale imminente. Rappelez-vous que, tôt ce printemps, au cœur de la crise étudiante, un commando de ministres prenait l’avion pour déverser des millions de fonds publics aux quatre vents. Devant un tel ballet de billets, j’estimais à tort qu’une campagne se pointait en mai ou juin.
La grogne suscitée par le projet de Loi 78 a fait reculer les libéraux. Après tout, l’été, c’est fait pour se reposer, soulignait un Jean Charest serein aux journalistes aux abois. Le PM en rajoutait en disant qu’il était GROTESQUE de croire qu’il pourrait lancer une campagne électorale sur le thème de la hausse des frais de scolarité et du conflit étudiant…
Deuxième rendez-vous doux
Le bal est relancé début juillet. Nouvelle envolée de ministres et flambée d’annonces, toutes plus généreuses les unes que les autres, preuves tangibles de l’engagement des libéraux en matière d’économie et d’emploi. Sur le déclenchement prochain des élections, Jean Charest reste toutefois coi.
Beaucoup plus candide, le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire déclarait, il y a moins d’une semaine sur les ondes d’une radio de Victoriaville, que les élections se tiendraient le 4 septembre. Incrédule lorsque mis au courant de cette déclaration, Jean Charest y voit une simple « suggestion » de son ministre Laurent Lessard.
Je t’aime… Moi non plus.
En ce matin du 1er août 2012, contre toute attente et en dépit du déni pathologique de notre Premier ministre lui-même, des élections sont déclenchées. La surprise en terrasse plus d’un! Personne, dans le clan libéral, sinon ce devin de Laurent Lessard, ne l’aura vu venir…
En vérité, tant que la Loi électorale n’aura pas été modifiée, peu importe le parti au pouvoir, ce genre de théâtre burlesque et GROTESQUE pourra se reproduire. Le déclenchement aléatoire d’une élection, reposant sur la seule volonté du parti au pouvoir, mine le processus démocratique et engendre le cynisme des citoyens. Cette culture du mensonge public doit cesser.
La tenue d’élections à date fixe figure au programme de tous les partis politiques québécois, sauf un. Vous aurez deviné qu’on ne retrouve pas cet engagement au programme du parti au pouvoir. Et ma plus grande crainte, advenant une victoire de la CAQ ou du PQ, ce serait de voir cette promesse reléguée aux oubliettes par opportunisme politique. J’exhorte aussi les libéraux à poser un geste concret pour la cohésion sociale en adoptant le principe des élections à date fixe. L’application de cette mesure pour les élections municipales témoigne de son efficacité. Ainsi, plus d’un an avant le prochain scrutin de novembre 2013, les leaders de nos communautés planifient déjà leur campagne.

Monsieur Fraser,
Il y a très longtemps que ma patronne, une ministre libérale, m’a demandé de se déplacer dans mon Bas-St-Laurent natal pour y faire une annonce nationale. C’est donc à Rimouski que Marguerite Blais a annoncé, le 24 juillet dernier, que 251 municipalités se lançaient dans la démarche MADA. Ces municipalités, qui ont déposé leur demande il y a de cela plusieurs mois, s’ajoutent aux 328 déjà engagées dans la démarche, pour un total de 579 municipalités. Cet engouement fait de nous, selon l’Organisation mondiale de la santé, la société la plus avancée et innovante dans ses gestes pour favoriser le vieillissement actif.
Être ministre, c’est entendre des dizaines de citoyens, à chaque jour, partager leurs inquiétudes, leurs problèmes ou, aussi et surtout, leurs projets. Mais être ministre, c’est travailler 70, 80, 90 heures par semaine. C’est se faire reprocher de prendre des vacances le 23 décembre, jusqu’au 3 janvier. Probablement aurez-vous déjà entendu l’expression »un horaire de ministre ». Cette expression ne vient pas de nul part. Quoiqu’il en soit, lorsqu’un ministre passe 3 jours par semaine à Québec, à siéger à l’Assemblée nationale, puis 4 jours par semaine dans son comté, à la rencontre de ceux qui l’ont élu, il est excessivement difficile de prévoir un arrêt de 3 ou 4 jours pour visiter les régions, pourtant fondamentales.
La meilleure option reste encore l’été. Et vous vous doutez bien qu’on ne se rend pas à Rimouski sans faire un arrêt à Rivière-du-Loup! Et puis, tant qu’à se rendre à Rimouski, aussi bien se rendre à Gaspé, annoncer les 2 projets déposés cet hiver et retenus après analyse par le ministère dans le cadre de 2 programmes différents!
Pourquoi je vous raconte tout cela? Parce que de dire qu’il pleut des millions en vue des élections est complètement faux. Les sommes consenties l’ont été après une analyse rigoureuse de projets déposés bien avant qu’il y ait rumeurs d’élection. Libre à vous de valider auprès, par exemple, des 251 municipalités annoncées à Rimouski, des 42 municipalités retenues dans le cadre du programme PIQM-MADA et des 9 organismes de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine qui viennent de recevoir un soutien financier pour opérer un Carrefour d’information pour aînés.
Par ailleurs, ces millions font une différence dans le quotidien d’un grand nombre d’aînés. Et à voir la fierté des gens de St-Jean-de-Dieu lorsqu’ils ont accueilli Marguerite Blais, ils étaient bien contents qu’elle y soit, élections ou non.
En ce qui concerne le mystère entourant la tenue des élections, jusqu’à présent, peu importe le gouvernement au pouvoir, le choix du moment du déclenchement des élections est toujours revenu au Premier ministre. Même le réseau proche de ce dernier ne pourrait promettre qu’elles se tiendront à un moment ou à un autre, car une situation spéciale pourrait faire changer le Premier ministre d’avis, à la toute dernière minute. Par exemple, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste, etc. Quoiqu’il en soit, le débat entourant la tenue d’élections à date fixe mérite, comme tout autre débat, d’être tenu, mais parler de mensonges est franchement démagogique. Et si le mensonge contribue au cynisme, la démagogie tout autant.
Madame Jacques,
Merci de m’avoir lu et d’avoir pris le temps de participer au débat. Si le ton de mon texte est dur, mon propos n’attaque pas les gens mais bien le système qui fait en sorte que le citoyen (et l’ensemble des médias avec lui) comprend parfaitement ce qu’est une annonce préélectorale, que ces dernières témoignent du déclenchement prochain d’une élection, mais que ces faits indéniables sont niés par les principaux acteurs. Il s’agit d’une convention qui fait en sorte que chacun joue le rôle de celui qui ne sait rien. Ce « jeu » politique laisse un goût amer élection après élection, peu importe le parti au pouvoir. Ne pas dire que l’on va déclencher des élections, alors que toutes les étapes préalables sont franchies, revient à nier une évidence. Dans ce contexte, j’aurais vraiment aimer entendre M. Charest dire à la population, dès que sa décision était prise (et je doute qu’il s’agisse du 31 juillet au soir), qu’il songeait sérieusement à déclencher des élections en août et que la chose serait mise en branle si aucune urgence d’état ne venait bousculer cet échéancier.
Par ailleurs, je suis parfaitement au courant que les décisions concernant les subventions sont prises bien longtemps avant leur annonce par les ministres concernés (quand ils jugent opportun de le faire eux-mêmes). Il n’est donc pas anodin de voir des ministres se déplacer partout en région pour faire eux-mêmes les annonces. Et je serais bien curieux de savoir combien d’annonces ont été faites par les membres du cabinet en juillet dernier… Sans avoir la réponse, je soupçonne que l’écart entre les deux périodes est considérable.
Je souhaite sincèrement que tous les partis politiques prennent la question de la crédibilité de l’institution démocratique très au sérieux et qu’ils travaillent à une véritable réforme de la Loi électorale pour éliminer les aberrations auxquelles elle peut donner lieu. Et au final, j’estime que la tenue d’élections à date fixe, comme c’est le cas en politique municipale, défavorise l’instrumentalisation de l’institution démocratique à des fins partisanes.
Parfaitement d’accord avec la tenue d’élections à date fixe , à moins de « catastrophe » particulière…Moi aussi, je suis scandalisé par toutes les annonces de subventions qui précèdent une période électorale.On ne me fera pas croire que durant l’été il est habituel que les ministres « répondent ainsi aux besoins pressants des citoyens…. »C’est inacceptable (peu importe le gouvernement, qu’il y ait un tel manque d’éthique…)cela devrait aussi être balisé.
M. Fraser,
Pour votre information, les 3 annonces auxquelles nous avons procédé relèvent d’analyses qui ont été déposées en juin et en juillet. À bon entendeur.
Madame Jacques nous dit : «Parce que de dire qu’il pleut des millions en vue des élections est complètement faux.»
Moi je dis que ces déclarations –au demeurant fort répandues et faisant partie de la cassette de base de tous les intervenants impliqués dans la politique partisane– sont de celles qui alimentent le cynisme des citoyens. Elles sont à classer dans la même catégorie que «Les prix de l’essence sont fixés sur la base de critères dort complexes et ne sont nullement sujets aux décision de quelque cartel que ce soit.»
C’est pourquoi je veux remettre à la mode la si juste chanson de Vigneault dont je transcris les paroles ci-dessous. Elles traduit à la perfection mon sentiment face à la politique telle qu’elle se pratique sur la planète entière au jour d’aujourd’hui. Lisez et si vous êtes touché, faitesla circuler partout!
TI-CUL LACHANCE
G. Vigneault – G. Rochon
Me v’là chômeur dans mon état
Je m’appelle Ti-Cul Lachance
Pogné, marié, trois filles deux gars
Merci merci pour l’assistance
Comme j’habite un pays loin de l’eau
T’as fait fermé l’chantier d’bateaux
Ben.. Tu les as laissé faire
Comme j’ai pas posé de bombes par-là
Pis que ça faisait peut-être ton affaire
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu penses que je m’en aperçois pas
Parce que je vois pas la caisse
Tu te penses en haut, tu me penses en bas
Du moment que je me baisse
Je me baisse pour choisir mon caillou
Avant que tu le vendes avec le trou
D’avant d’après la guerre
Parce que tu me fournis mon tabac
Parce que tu m’as payé une bière
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu penses que je m’en aperçois pas
Du moment que je dépense
Ce que tu me donnes en plus de mes repas
Mais rien à faire on pense
Dans tes menteries télévisées
Des fois tu oublies de te déguiser
Pis on voit tes deux faces
Tu vends mon chemin, tu vends mon pas
Tu vends mon temps, pis mon espace
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu penses que je m’en aperçois pas
Que t’es rien qu’un sous-ministre
Nos vrais ministres sont aux États
C’est là qu’ils t’administrent
C’est là qu’ils font les gros fusils
Avec le fer de ton pays
Mais toi tu es à la chasse
Comme tu me vois pas dans ces clubs-là
Pis qu’on est pas confrères de classe
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu penses que je m’en aperçois pas
Quand tu poses ta pancarte
A vendre, à vendre avec en bas
Indiqué sur les cartes
Si vous aimiez mon Labrador
Ajoutez-y donc la Côte-Nord
Le bois y est hors d’âge
Quand tu descends nous voir dans le bas
On sait qui ce qui paye ton voyage
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu penses que je m’en aperçois pas
Quand tu me pousses vers la grève
Je sais bien que tu aimes pas nos syndicats
Tu serais content qu’ils crèvent
Quand tu mets nos chefs en prison
Le patron te reçoit dans sa maison
Tu es là comme en famille
Parce que ma femme lave pas vos draps
Parce que mon gars viole pas vos filles
Tu penses que je m’en aperçois pas
Tu me feras voter pour tes pantins
Les deux mains sur ta bible
Comme c’est toi qui comptes les bulletins
Y a pas d’erreur possible
Le jour où je vas voter pour moi
Le recomptage prendre des mois
Des mois pis des années
Pis je veux jouer au petit soldat
Je sais que tu as déjà toute une armée
Pour me faire retrouver ton pas
Des matins je me lève Esquimau
Je te vois vider l’Arctique
L’eau, les humains, les animaux
À des prix électriques
Je peux pas croire que tu sois si bas
Je peux pas croire que tu sois si rat
Faudrait que tu sois si bête
À semer du vent de cette force-là
Tu te prépares une joyeuse tempête
Peut-être bien que tu t’en aperçois pas
J’ai été très étonnée de la candeur des propos de madame Jacques dont doivent certes se réjouir sa patronne et son chef… Une employée loyale qui défend avec conviction l’intégrité de son parti. Bravo pour votre louable engagement madame Jacques mais, désolée, la population n’est pas dupe à ce point. Pensez-vous vraiment «qu’on s’en aperçoit pas»? Ahurie je suis!!!
Mesdames Vincent et Bernier,
Monsieur Cadrin,
D’emblée, merci de contribuer au débat. Pour revenir sur vos propos, disons qu’il semble s’établir une distance de plus en plus grande entre la politique partisane et les préoccupations des citoyens. En fait, c’est un peu comme si les partis se situaient au-dessus de la population à qui ils se permettent désormais de faire la morale, quand il ne s’agit pas de les « démoniser » comme c’est le cas avec ceux qui s’opposent à la marchandisation de l’éducation. La notion d’adversaire politique, au sens de : »personne opposée à une doctrine, une idée », semble s’être transformée en celle plus guerrière d’ennemi. La campagne électorale actuelle en fait foi, alors que les attaques fusent de part et d’autre, que les tentatives d’alliances stratégiques sont balayées du revers de la main et que la lutte n’a plus qu’un seul enjeu : l’accession au pouvoir. À mon humble avis, le Québec ne pourra pas progresser si une partie de la population le fait en piétinant l’autre pour y parvenir. La classe politique, que je respecte en dépit de ce que madame Jacques semble croire, a le devoir de recentrer son discours sur le bien de la nation. Dans le cas contraire, elle aura contribué à élargir le fossé qui la sépare des citoyens qu’elle est supposée servir et représenter. Et lorsque cet écart sera trop grand, l’élastique risque fort de péter.