Participer, un mensonge de la société?

Ce matin, je m’attendais à vous écrire sur ma plus grande fierté, la réussite d’un défi qui m’a pris plus de 10 mois de préparation. Malheureusement, suite à une décision discutable, je vais vous parler d’un fait dans notre société qui est vraiment trop répandu selon moi.

Depuis que je suis toute petite, on me dit que l’important est de participer. Toute ma vie, un gros 30 ans, je me suis consacrée à mettre en application cette maxime dans le sport. Je l’ai même mis en application durant mon implication à titre de présidente d’un club d’athlétisme et de course à pied. Je n’ai jamais performé dans le sport et je n’ai jamais été une grande athlète. Par contre, je crois que je peux dire que je suis reconnue pour mes efforts soutenus et ma grande ténacité. Je me suis toujours battue contre une partie de la société  qui nous dicte des règles arbitraires et exige de nous la plus grande performance.

Aujourd’hui, j’ai eu tout un choc et ces deux réalités m’ont frappé de plein fouet. Je vous explique.

Je me suis entraînée pendant plus de 10 mois à la natation. J’ai fait un retour après 15 ans d’absence. J’ai sacrifié des soupers avec ma fille, avec des clients. J’ai eu des petits et des gros bobos. J’ai eu plein de monde qui m’ont dit que j’étais complètement folle et que j’étais beaucoup trop grosse et pas assez athlète pour prendre part à un tel événement.

Tout le long, je me répétais : «  l’important, c’est de participer ».

Malgré tout, pour me convaincre, je me suis mise à me comparer aux résultats des années passées. À trouver que finalement, oui j’allais arriver dans le dernier tiers, mais pas la dernière.

J’ai franchi des barrières incroyables pour finalement prendre ce fameux départ du 5 km, de la Traversée Internationale du Lac Saint-Jean le 21 juillet dernier.

Dans l’eau, on perd la notion du temps, on se fait frapper par la vague, on se fait dépasser, on en rattrape, on fait l’équivalent d’un petit pèlerinage, mais surtout, pour moi, j’ai passé outre mes limites psychologiques.

J’ai parcouru 4 des 5 km sans problème, sans crampe, sans rien, sauf un bonheur évident et un plaisir certain à sourire à tous les kayakistes, plongeurs et autres que je croisais. À 4200m, pour faire une histoire courte, je m’aperçois qu’un bateau me suit de très près et me fait des signes. Je me décide d’arrêter pour leur demander ce qu’il se passe et ils me disent que le temps est écoulé, je dois être sortie de l’eau. J’étais déçue et je me disais que je n’avais vraiment pas été vite. Lorsque je demande l’heure à la plongeuse, elle me dit qu’il est 12h32. Pardon? Nous sommes à seulement 1h32 du départ? Je suis en train de réaliser mon meilleur temps, je n’ai aucun bobo et on me retire de l’eau? Sa réponse : le premier est arrivé depuis 30 minutes!

Moi, qui prenait le départ avec des gens de tous les âges et de toutes les catégories, j’apprends que j’étais finalement en compétition avec la crème de la crème et non pas moi-même comme ils me l’avaient dit depuis plusieurs mois!

Après vérification dans les règlements en vigueur, ils n’étaient pas obligés de nous sortir à tout prix, juste de vérifier si notre condition était bonne.

Le plus choquant, c’était que je réalisais mon meilleur temps possible, je prenais de la vitesse, j’étais heureuse et rien ne pouvait m’empêcher de relever mon défi…sauf quelqu’un qui ne nage pas, a décidé que mon rêve et mes sacrifices des derniers mois ne cadraient pas avec son horaire. En passant, il restait 45 minutes avant le prochain départ et moi, je n’avais besoin que de 15 minutes ou moins pour terminer.

Je sais que je viens d’écrire ces quelques lignes avec un sérieux goût d’amertume en bouche et que la colère ne donne rien. Le but de se partage est de poser une question à cette société dans laquelle je vis.

Est-ce seulement une illusion pour ne pas déplaire aux personnes qui ne constituent pas l’élite que l’on parle toujours de l’importance de la participation? Et à partir de quand l’élite peut décider qu’on ne peut en faire partie?

Est-ce que les critères de réussite ne devraient pas être en termes de dépassement de soi, d’accomplissement et de ténacité?

J’ai besoin qu’on m’explique, car présentement, je me sens comme si on m’avait menti toute ma vie pour ne pas avoir à me dire que je suis juste nulle pour seulement participer et être heureuse!

 

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À propos de l'auteur : Christiane Plamondon

Originaire de Rivière-du-Loup, ayant déménagé 19 fois en 7 ans, j’ai échoué dans une belle et vieille maison croche de St-André-de-Kamouraska depuis 4 ans. Mes nombreuses expériences de travail : police civile, police militaire et sécurité industrielle m’ont permis de voir que je ne pouvais vivre dans un cadre de travail strict. J’ai donc décidé de créer mon entreprise en santé-sécurité au travail en 2009. Dans ce blogue, je vais tenter d’aborder la question environnementale sous un angle différent. De plus, en étant la présidente du Club d’athlétisme et de course à pied Fil-oup!, je vous partagerai mes expériences en santé et mieux-être. Vous découvrirez ainsi ma passion pour l’innovation et ma prédisposition pour fonctionner à contresens.
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8 commentaires

  1. Excellent article. Je crois sincèrement que tu dois dénoncer ta mésaventure avec tous les médias qui veulent bien entendre. Surtout aux organisateurs de la traversée.

    Ce que je retiens de cette histoire: « j’apprends que j’étais finalement en compétition avec la crème de la crème ».

    On a parfois l’impression d’être en dehors de la track lorsqu’on se compare. Mais lorsqu’on regarde bien sous nos pieds, on réalise vite que c’est les autres qui nous regardent filer à toute allure !

    Fier de toi Christiane. #nepaslâcher

    • Merci beaucoup Alain pour tes bons commentaires, surtout que je sais tout ce que tu traverses! Hier, je ne voulais même plus nager et aujourd’hui, je suis en train de découvrir que j’ai ma place, mais ailleurs! ;-) #nepaslâcher
      P.S. J’ai bien évidemment dit de façon verbale mon mécontentement à l’organisation. Je vais prendre le temps de préparer une belle lettre pour bien expliquer mon argumentation et surtout, ne pas passer pour une nageuse frustrée! ;-)

  2. avatar Par : Raymond Cadrin

    Bravo Christiane pour ce défi que tu t’es donné et ce que cela a impliqué comme entrainement et investissement.
    Je comprends très bien ta frustration et cela n’a aucun bon sens comme règle au niveau de l’organisation! Finalement ce qui est vraiment importanr pour l’organisation c’est la traversée du Lac St-JEAN, l’autre compétition n’est qu’accessoire pour attirer plus de monde…c’est une hypothèse! Mais tu peux être fière de toi et tu as avantage à faire part de tes commentaires importants à l’organisation, en expliquant ce que tu as vécu…

  3. avatar Par : anne-marie lorent

    article très intéressant. Pour ma part je ne participe à aucune compétition car il y a toujours la maudite nomenclature qui entoure tout cela. A 60 ans, je participe à des défis (pour une bonne cause) tels randonnée de 50 km et autres. Je me fais des défis personnels comme rouler 35 km en après midi. Dans les compétitions il y a toujours des règles respecter les comparaisons des autres et j’ en passe. Maintenant pour moi ce qui compte ce sont les défis personnels envers moi-meme et j’ en suis pleinement heureuse !

    • C’est une excellente manière de voir les choses que je vais mettre en application. Ici, les règles ont changé durant ma course. J’ai déjà mon défi pour 2013, faire Compostelle par le chemin Français, environ 875 km à pieds, l’Espagne d’un bout à l’autre.

  4. Je trouve ton article excellent et que l’erreur faite par la traversée est inacceptable . Lâche pas .je suis se tout cœur avec toi.

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