Non, mais, sommes-nous aussi stupides que ça?!

J’ai bien peur que oui, chacun à notre manière, mais votre avis sur la question m’intéresse. Pendant le temps des fêtes, j’ai lu le dernier livre de Jacques Nantel, un spécialiste de marketing et professeur à HEC Montréal : « On veut votre bien et on l’aura. La dangereuse efficacité du marketing« .

Dans ce livre, il explique comment les spécialistes du marketing réussissent à nous berner et j’ai eu un malaise. Est-ce parce que j’ai étudié en marketing ou parce que je ne peux pas croire que les gens soient aussi bêtes qu’il le laisse entendre? Bon, il est vrai que je n’ai pas autant d’études que monsieur Nantel, ni son expérience, j’en connais beaucoup moins que lui sur le sujet…

En fait, mon malaise vient du fait que je sais qu’il a raison. Oui, les stratégies marketing, de plus en plus sophistiquées grâce à la technologie, réussissent à nous faire dépenser plus. Et c’est aussi mon métier que de conseiller les entreprises pour les aider à mieux communiquer pour mieux vendre. Et j’aime ça! Mon travail me permet d’aider les gens à mieux gagner leur vie. Tout le monde veut mieux gagner sa vie, non?

Donc, mon malaise vient du fait que je ne suis pas d’accord avec la culpabilité du marketing dans l’équation. Au bout de la chaine de consommation, c’est la personne qui prend la décision d’acheter qui a cette responsabilité, non? Et je me suis déjà fait lancer des tomates pour avoir tenu des propos semblables…

On dirait que beaucoup de personnes ont perdu la notion de l’attente et de la patience. On veut tout et tout de suite. Pas question d’attendre d’avoir ramassé l’argent nécessaire pour; empruntons plutôt! Et c’est de ce manque de patience dont profitent les stratèges en marketing. Qui est à blâmer? Les spécialistes du marketing qui trouvent toujours une façon encore plus insidieuse de trouver exactement ce dont on a besoin au moment où on en a besoin? Les institutions bancaires ou de crédit qui prêtent de l’argent pour que nous puissions consommer encore plus? Le système d’éducation qui a enlevé les cours d’économie? Ou NOUS, qui préférons la facilité?

Qu’en pensez-vous?

NB : J’ai omis de vous parler de la fin du livre et c’est voulu. Il n’y aurait pas eu de débats sur la question sinon! En réponse à la question titre, non, nous ne sommes pas si stupides que ça. Ouf! Ça me réconcilie avec le livre, mon métier et le genre humain! Je dois vous avouer que j’étais parfois fâchée avec l’auteur à certains moments. Il faut dire qu’il y a certaines vérités qui dérangent…

 

À propos de l'auteur : Cindy Rivard

Bas-Laurentienne d’adoption depuis 2003, communicatrice, entrepreneure, blogueuse, mère, dans l’ordre et le désordre, je porte différents chapeaux avec un grand plaisir. Sur les bancs d’école, je suis allée chercher deux certificats en gestion du marketing et en communication organisationnelle. Dans la vraie vie, je suis allée chercher une expérience riche et variée. La combinaison des deux fait de moi la personne que je suis, avec des idées à partager et les vôtres à écouter. Les gens sont passionnants, discutons-en!
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L'auteur(e) de cet article :

Je suis communicatrice, entrepreneure, blogueuse, mère, dans l’ordre et le désordre, et je trouve les gens passionnants!

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15 commentaires

  1. Par : Nadia Morin

    Stupide, sans doute pas, mais sensible aux signaux et messages agissant sur l’inconscient, certainement.

    Il est vrai que les gens doivent être considérés comme informés et avisés, capables de faire des choix, mais tous n’ont pas ces capacités, On ne peut pas nier la « pression » exercée par l’incitation à la consommation. Tout nous y invite : le crédit facile, les publicités partout, tout le temps, en tous lieux, avec promesse d’un bonheur assuré.

    Je suis d’avis qu’il s’agit d’un « combat » de tous les instants et que bon nombre d’entre nous n’arrivons pas toujours à faire la différence entre un réel besoin et l’effet d’un marketing puissant jouant sur les émotions.

    À voir le taux d’endettement individuel qui est en progression au pays, il y a lieu de se poser de sérieuses questions.

    Cela dit, le marketing est nécessaire et dans bien des cas, s’avère être un exercice honnête pour promouvoir un bien ou un service. Pas de marketing, pas de marché. Pas de marché, pas d’activités économiques. Pas d’activités économiques, pas de développement.

    On n’arrête pas le progrès !

  2. Par : Sylvain Dionne

    À mon humble avis, tout cela se résume en un mot : responsabilisation. Comme consommateurs, nous avons toujours le choix de succomber à la pression sociale ou économique résultant d’une mise en marché agressive. C’est facile de jeter le blâme sur les autres, surtout si l’on souhaite se déresponsabiliser de son propre manque de maîtrise sur ses désirs bien plus que sur ses réels besoins. On a déjà appelé ça le syndrome du voisin gonflable : il l’a, je le veux, que j’en aie besoin ou non. J’ai déjà deux télés, mais le dernier modèle est plus cool et mon voisin l’a acheté; ça m’en prend donc une troisième… Pour qu’il y ait des influenceurs, ça prend des influençables… Le phénomène de la surconsommation résulte de l’avidité et du désir de possession à outrance des surconsommateurs volontaires, qui ne savent pas se contrôler, bien plus que des marketeurs qui leur offrent ce, qu’au fond, ils souhaitent : une occasion de plus d’acheter…

  3. Par : Sylvain Dionne

     » Si on ne voulait qu’être heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu’ils ne sont.  » (Montesquieu)

  4. Par : Richard Blaquiere

    Avec la disponibilité de l’information, il est facile de blâmer les spécialistes de toujours nous tenter à consommer quelques choses. Les spécialistes ont toujours été là et ceci fait partie de la vie depuis que le monde est monde, seul les moyens ont évolué.

    Ou je me questionne de temps en temps est sur l’éthique de certaine démarche comme réduire la quantité de margarine dans un contenant de 380 grammes à 350 tout en laissant le contenant la même grosseur et le même prix. Le concept est légal, mais je le trouve trompeur!

    Dans notre système économique le Marketing est une composante parmi d’autres et le système est complexe. Comme vous l’avez mentionné, pour acheter il faut avoir la capacité de payer, le gouvernement stimule la consommation à travers sa banque centrale en gardant les taux d’intérêt relativement bas favorisant ainsi l’accessibilité au crédit et à la consommation, où devrais-je dire la surconsommation.

    Bien qu’il y a beaucoup de tentation et de facteurs favorables à la consommation, en bout de ligne c’est l’individu qui prend la décision d’acheter ou non.

  5. Par : Nathalie Sirois

    Ce que je trouve le plus déplorable ces dernières années c’est le manque d’imputabilité et de conscience. Il faut que ce soit la faute de quelqu’un, mais jamais de notre faute…

    Les gens sont souvent très influençables et influencés par leurs paires, leurs amis, leurs voisins, perdant ainsi rapidement la notion du « est-ce vraiment pour moi?» Là on a encore trouvé quelqu’un sur qui remettre la faute et c’est sur le dos des méchants « marketeurs ». Clients stupides, non, mais trop naïfs, oui certainement et surtout très mal engagés envers eux-mêmes.

    Je n’ai pas encore eu la chance de lire ce livre, c’est le prochain que j’attaque. Peut-être mon opinion évoluera-t-elle?

  6. J’ai aussi terminé ce livre récemment, quelque peu perturbée.

    J’ai particulièrement apprécié l’humilité de Jacques Nantel pour nous exposer ainsi sa démarche intellectuelle éthique en lien avec sa profession.

    Il nous explique que le marketing, lorsqu’il a débuté, cherchait à répondre aux besoins des consommateurs d’une manière rentable. Le but était louable, quand même.

    La dérive est en partie imputable à la notion de croissance, ou richesse économique, calculée de la même manière depuis des décennies, qui consiste grossièrement à additionner le total des dépenses des gouvernements, des entreprises et des ménages. La pression est forte, n’est-ce pas?

    Cet indicateur est à mon avis désuet. C’est dire que si une province est décimée par une guerre ou une catastrophe, la mesure de croissance économique sera bonne pour cette période…

    Il est plus que le temps de revoir nos instruments de mesure de la croissance pour tenir compte des données quantitatives, mais surtout aussi qualitatives…

  7. L’être humain est constamment confronté à des forces qui lui feraient perdre la tête et l’entraîneraient dans le vice. Le marketing est l’une de ces forces. L’humain a la possibilité de rester droit face à ces forces, mais s’il décide de s’y plier, il expose alors toute sa vulnérabilité.

    L’être humain est stupide lorsqu’il échoue dans son combat et blâme les autres de ses faiblesses.

  8. Par : Nicolas Gagnon

    Bien sûr que nous sommes tous individuellement responsables de nos choix de consommation, mais faire reposer la surconsommation actuelle de notre société uniquement sur ces responsabilités individuelles c’est nier que le marketing a un pouvoir immense et une efficacité redoutable. À partir du moment qu’on reconnaît le pouvoir du marketing, il faut aussi lui imputer une responsabilité équivalente.

    L’homme a toujours eu les même faiblesses, depuis la nuit des temps. Si nous sommes les consommateurs que nous sommes aujourd’hui, c’est parce que le marketing exploite abusivement ces faiblesses. Oui nous sommes manipulables et les manipulateurs doivent être encadrés (le QUébec est une des seule contrée où l’on interdit la publicité qui s’adresse aux enfants… ça devrait aller plus loin que ça)

    Une des citations célèbre du monde du marketing, que tu dois connaître Cindy, vient du PDG du réseau de télé France 1, l’équivalent de TVA là-bas, qui disait que son métier consistait essentiellement à « vendre du temps de cerveau disponible ». C’est incroyablement lucide : sa job c’est de mettre en onde une programmation apte à nous ramollir le cerveau et à le rendre disponible à recevoir et assimiler la publicité payée par ses clients. C’est fort !

    Contrairement Michaël (à 7:42 pm) qui dit que l’humain est stupide quand il échoue dans son combat contre «les forces qui l’entraînent dans le vice», je ne place pas le marketing dans la catégorie des «forces externes». Ce n’est pas «les autres» qu’il faut blâmer, malheureusement : le marketing, c’est l’exploitation des faiblesses humaines par les humains. Alors oui, nous sommes collectivement stupides !

  9. Je me doutais fort bien que cet article toucherait une corde sensible… C’est ce que monsieur Nantel souhaitait dans son livre, c’est-à-dire que l’idéal soit que les gens n’abusent pas du pouvoir du marketing. Cependant, puisque c’est utopique de penser que personne n’abusera, le mieux à faire est d’éduquer et de sensibiliser.

    • Par : Nicolas Gagnon

      Comme il est utopique de penser que personne n’abusera… il vaut mieux réglementer. Je pense notamment qu’il est urgent d’interdire la collecte d’information sur internet à l’insu des gens et d’utiliser cette information pour faire du marketing direct. C’est à mon sens une violation de notre vie privée. J’ai fait quelques recherches avant les fêtes sur les pacs, kijiji ou ebay pour me trouver un nouvel appareil photo… maintenant sur tous les site que je consulte (cyberpresse et cie.) toute la pub concerne comme par magie précisément l’appareil photo que je cherchais. Je pense que c’est un type d’abus qu’il faut interdire.

  10. Et tu vois, moi qui déteste magasiner, je trouve que ça me facilite la vie. Cependant, il y a un gros bémol à tout ça et c’est si Google contrôle mes recherches, c’est-à-dire que je ne trouve que ce que Google veut bien que je trouve parce qu’ »il » a décidé que c’est ce que j’avais besoin. Arme à double tranchant, à surveiller avec attention.

  11. Je n’ai pas encore lu ce livre. Il pique ma curiosité, je me promets donc de le faire.
    Même si, comme pour bien d’autres sujets, j’entretiens une relation amour-haine avec certaines techniques qui entourent le marketing, je trouve que c’est une discipline fascinante. J’ai lu beaucoup sur le sujet. J’ai consulté quelques experts. J’ai appliqué quelques « trucs ». Certaines fois, j’ai été extrêmement satisfaite des résultats tout en étant troublée par la « candeur » des consommateurs…
    Je n’ai quand même jamais essayé quoi que ce soit de tordu. Je respecte trop ma clientèle (et moi-même) pour ça!

  12. C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu les différents commentaires ci-hauts. Moi, ce qui me fascine dans les nouvelles techniques de marketing, c’est de m’amener à penser à Noël au cours du mois d’octobre, à l’Halloween lors du mois d’août, ou encore à la Saint-Valentin au mois de Janvier.
    Les thérapeutes de ce monde nous invitent à vivre dans le moment présent, à prendre le temps de vivre à fonds l’instant présent. Pendant ce temps, on se fait bombarder de publicité qui nous invitent à ne vivre que dans le futur.
    Le consommateur, lui, se laisse distraire par toutes les nouvelles technologies de l’information qui l’invitent à oublier que l’important d’abord…c’est moi, puis après, se sont mes relations avec l’extérieures.
    Nous avons la responsabilité de comdamner et de ne pas embarquer dans ce système de marketing à outrance. Malheureusement, je ne le fais pas, car je vis dans le futur…

  13. Il n’y a pas de mal à vivre un peu dans le futur, c’est ce qui nourrit nos projets. Tout est une question d’équilibre. Un équilibre pas toujours facile à atteindre, j’en conviens!

  14. Par : Louis-Philippe Thouin

    Au-delà de la morale, d’accusations de stupidité dirigées envers soi-même ou de méchanceté envers les firmes de marketing, il y a la réalité des mèmes.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8me
    Une fois éveillé à l’existence de ces habitants de notre cerveau, on les retrouve partout!
    Ces « êtres » qui ne cherchent qu’à se propager par imitation de cerveau à cerveau déterminent nos comportements sociaux, collectifs et individuels, notre Culture, nos croyances et nos modes.

    Des exemples vont du port de boucles d’oreilles, à ses choix alimentaires, à ses croyances en une religion (ou aucune), à l’idéal romantique et juridique de la monogamie, …. à l’achat d’une troisième télévision!

    Je ne prétends pas offrir une méthode pour se libérer de ces mèmes, mais je crois qu’il faille d’abord prendre conscience de leur existence.

    Avant de pousser pour l’établissement d’inutiles lois et règlementations en matière de markting, j’opterais plutôt pour « imiter » Siddharta Gautama et aller m’asseoir sous un pipal…

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