Le pessimiste

Je suis devenu pessimiste en 1995. Le 25 mai de cette année-là, quand les Nordiques ont été vendus, j’ai intégré le fait que le pire arrive parfois (ne riez pas, quand on grandit dans la ouate, perdre son équipe de Hockey à 21 ans, c’est un drame !) Puis, le 30 octobre, jour du référendum, j’ai compris que les grandes espérances sont souvent déçues et que l’inertie est plus forte que les idéaux.

C’est ainsi, donc, que je suis devenu pessimiste. Ce n’est pas par choix, évidemment, parce qu’être pessimiste à notre époque, ce n’est pas une sinécure. C’est même une des plus grave tare dont on peut être atteint. Quand la morale ambiante nous impose comme credo que «quand on veut on peut», que l’important c’est d’y croire, que l’espoir guérit tout même le cancer et autres balivernes à la sauce du «Secret», être celui qui prédit toujours que la tartine va tomber du côté du beurre de pinottes, ça nous assure l’ostracisme perpétuel.

C’est pourquoi, comme la majorité des pessimistes, je reste généralement dans le placard. J’évite d’exposer mon entourage à cette lèpre mentale qui me ronge. La plupart du temps, j’arrive même à être ce personnage (relativement) jovial dont le sourire rassurant laisse croire qu’il traverse la vie en regardant l’avenir avec confiance et sérénité.

Il est si mal vu d’être pessimiste que même les écologistes n’ont pas le droit de s’afficher ainsi. Avez-vous déjà entendu Al Gore, Steven Guilbeault, Hubert Reeves ou David Suzuki dire que l’humanité sera incapable de faire face au défi environnemental et que le pire est inévitable ? Bien sûr que non ! Leur message est toujours le même : les solutions existent et il n’est pas trop tard pour les mettre en œuvre … Pourtant je suis certain qu’il y a au moins deux ou trois écologistes sur la terre qui, en secret, tout seuls chez eux dans leur salle de bain, la porte fermée, sont un tantinet découragés par l’absence de progrès de la cause environnementale. Ceux-là, on ne les entend pas, mais moi je vous le dis : je suis découragé.

D’accord, si on ne s’accorde aucun espoir, on va tous collectivement baisser les bras et plus rien ne se fera. Je comprends, je comprends… Sauf que c’est bien beau s’accrocher un sourire dans la face en disant qu’on est convaincus que l’humanité trouvera une solution à la crise écologique, moi j’observe que ça ne fait pas davantage bouger les choses. Il n’y a rien qui change anyway ! On s’en va tout droit dans le mur, mais personne n’a le droit de dire que ça va mal finir.

Comment rester optimiste quand on constate que, malgré tous nos supposés efforts, malgré Kyoto et les conférences de l’ONU sur le climat, malgré tous les signaux d’alarme lancés depuis 30 ans, c’est en 2010 qu’il y a eu la plus forte hausse des émissions de gaz à effet de serre de l’histoire. Non seulement on émet davantage de CO2 dans l’atmosphère, mais l’augmentation des émissions s’accentue.

Où est l’espoir quand il n’y a aucune volonté politique de régler le problème au niveau international, quand on voit que les médias se désintéressent de plus en plus de cet enjeu et que le climato-septicisme est en croissance ? Comment ne pas être découragé quand même au Québec la bêtise gagne du terrain et que notre cher PKP embauche Jacques Brassard, ce dinosaure que presque tout le monde avait oublié, pour nous rappeler que le réchauffement climatique serait une fraude !

Je vais vous le dire moi, ce que j’en pense de l’avenir de la planète.

Si l’humanité ne disparaîtra probablement pas, notre civilisation va inévitablement s’écrouler, en faisant quelques milliards de victimes au passage. Pas tout de suite. Ça va prendre encore plusieurs décennies. En fait, ça va prendre exactement le temps qu’il faudra pour épuiser tout notre capital écologique.

Il y a déjà longtemps que nous consommons plus de ressources que ce que la terre peut produire et que nous grugeons sur notre «capital» pour alimenter artificiellement la croissance économique. Cette destruction des capacités de production de la nature se poursuivra jusqu’à ce que les océans soient vidés de toute vie, que le dernier arbre soit coupé, que le dernier bout de sol soit devenu infertile, que la dernière abeille meure. C’est seulement à ce moment là que l’humanité changera, parce qu’elle n’aura plus le choix.

Déprimant n’est-ce pas ? (En passant, je voulais vous souhaiter une bonne année 2012…)

Non mais à quoi vous vous attendiez ? C’est écrit en caractères gras dans le titre : je suis pessimiste.

Mais je suis un pessimiste sentimental. J’ai avec l’avenir la même relation qu’avec Dieu : même si je n’y crois pas, j’aimerais y croire. Pour me forcer à garder vivante cette étincelle de foi en l’humain qu’il y a encore en moi, j’ai même accepté de faire des enfants !

Alors, s’il vous plaît dites-moi que j’ai tort. Dites-moi que nous avons le courage de réinventer complètement le capitalisme et la société de consommation qui nous tuent. Dites-moi que c’est pour bientôt et que dans 30 ans mes enfants riront de mes prédictions apocalyptiques. Bercez-moi de vos illusions…

 

 

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À propos de l'auteur : Nicolas Gagnon

J’ai grandi au centre-ville de Québec et poursuivi mes études à Montréal et à Paris. Je me suis toujours senti bien au milieu de la foule et de l’effervescence des grandes villes, sans doute pourquoi j’ai étudié en urbanisme. Mais alors, qu’est-ce que je fais ici, depuis 10 ans, en région ?? Il m’arrive encore de me poser la question… Au début c’était juste pour la job. Puis sont arrivés les enfants et j’ai réalisé que Rivière-du-Loup est quand même pas mal comme milieu pour élever une famille. Aujourd’hui, j’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène. Enfin, je peux (presque) dire qu’ici, c’est chez moi.
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J’aime ma région, ses paysages et sa vitalité culturelle étonnante. J’aime la vie qu’on y mène.

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9 commentaires

  1. En commençant à lire, j’espérais que tu te diriges dans cette discussion écologique.

    C’est terrible. Je suis d’accord avec toi. Je suis aussi pessimiste. Des fois je me dis qu’on va tous crever de toute façon. Je me dis pas cela souvent… Mais qu’est-ce que tu veux faire. Les médias, ( le mien inclus (moins surement mais quand même)) parlent jamais de ce mur vers lequel nous courront aveuglément. En se moment, la  »une » des médias, chaque jour, devrait être axé sur les solutions et sur les politiciens qui doivent  »se magner le Cul », pas sur Marcel qui a tué son voisin.

    En-t-k, ma arrêter, cela me fâche tellement. À Noël, j’ai eu des discutions avec ma famille, pis faut surtout pas être alarmiste. Faut pas que le monde arrête de vivre. Grrr . Ok j’arrête, ma bouillir comme la planète si je continue! :D

  2. avatar Par : Rémi Fraser

    Max Weber disait que la politique, c’est le goût de l’avenir. Certes, les politiciens d’aujourd’hui auraient tendance à nous en donner plutôt le dégoût mais, justement, la politique est une chose trop sérieuse et importante pour la laisser entre les mains des politiciens. Probable qu’en matière d’environnement ou de justice sociale, les dégats qui sont déjà faits hypothèquent l’avenir prévisible mais, justement, le temps est long, plus long encore que la bêtise.
    Faque, nous n’avons pas le droit de lâcher. Pour le moment, le marché et – dans une moindre mesure – l’État se partagent le gouvernail du monde. La société civile, quant à elle, se met lentement en marche. Elle aura sans doute beaucoup de dégâts à réparer mais elle seule est et sera en mesure de le faire.

    • avatar Par : Nicolas Gagnon

      Ce n’est probablement pas cet hiver que la société civile se mettra en marche : Star Académie vient de recommencer !

      Le cynisme est un des symptômes de ma maladie…

  3. avatar Par : Raymond Cadrin

    Voilà Nicolas toute une réflexion! C’est sûr qu’au quotidien,la réalité, les actions et décisions de nos institutions et gouvernements ont de quoi à nous rendre pessimiste et à nous déprimer! Mais je préfére avoir confance encore à la nature humaine pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés…Est-ce que l’histoire ne nous confirme pas cela…Oui, je l’avoue, je suis plutôt de nature optimiste, c’est meilleur pour mon « mental » et cela me déprime beaucoup moins, même si on doit continuer de voir la réalité en face. Si l’on déprime trop, cela nous empêche d’agir pour apporter notre contribution à changer les choses…si minimes soient-elles ou nous avons toujours une révolte intérieure… qui n’est pas très bonne non plus pour notre mental!

  4. Votre billet me remet en mémoire une conférence de Derrick Jensen sur son livre Endgame au cours de laquelle il explique que l’espoir fait partie du problème, pas de la solution. Parce que la réponse appropriée à une situation désespérante, c’est le désespoir. Ce désespoir n’implique pas que nous nous sentions misérables. Il ne tue pas non plus. Ce sont plutôt nos faux espoirs que ça va s’améliorer qui nous mettent en danger. Ils nous gardent dans le système plutôt que de nous pousser à agir efficacement afin de mettre fin à cette civilisation mortifère, c’est-à-dire d’oter la capacité de détruire le monde à ceux qui détiennent le pouvoir. Chaque jour qui passe, une centaine d’espèces et 200 000 acres de forêts vierges disparaissent. Il conseille entre autres de trouver ce que vous voulez préserver dans votre milieu, la forme de vie la plus importante pour vous, et de lutter pour elle avec tout ce que vous avez. Cette conférence est en ligne ici : http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2009/01/derrick-jensen.html

    • avatar Par : Nicolas Gagnon

      Mme Nepton,
      Je ne connais pas ce Derrick Jensen mais il semble que vous m’ayez enfin trouvé quelqu’un dont le désespoir me déculpabilise. Je suis d’accord avec lui (et vous) : il est temps de se battre avec l’énergie du désespoir. Alors que M. Cadrin voit dans les leçons de l’Histoire des raisons d’espérer, moi ce que je retiens des livres d’histoire c’est que les révolutions sont généralement menées par ceux qui n’ont plus rien à perdre et dont le désespoir est la seule arme.
      Bref, pessismistes et déspérés du monde entier, unissons-nous !

  5. avatar Par : Louis-Philippe Thouin

    En réponse à ta demande, Nicolas, voici mon illusion et je souhaite sincèrement que tu puisses t’en bercer.
    Je crois que je puis mettre l’une de deux paires de lunettes sur mon nez:
    – la première, lunettes ROSES.
    – la seconde, lunettes NOIRES.

    J’ai essayé, jadis, les NOIRES. Le pire, c’est que j’étais alors convaincu que ces lunettes n’étaient pas NOIRES du tout mais plutôt très TRANSPARENTES, qu’elles me montraient la VRAIE Réalité et que cette Réalité était composée de bipèdes égoïstes, stupides, insconscients, mesquins. La conséquence fut ce qui est nommé « dépression ». De là à vouloir en finir, il n’y a qu’un pas… que je n’ai pas franchi.

    En conclusion: il faut savoir tirer son épingle du jeu.
    Survivre, aujourd’hui, grâce sans doute au port des lunettes ROSES, mais en amassant son énergie et ses armes pour poursuivre le combat… pour nos enfants.

  6. avatar Par : Yves Pelletier

    François,
    Les traités du désespoir sont plus faciles à écrire que ceux de l’espoir. Notre époque en aura produit davantage qu’à tout autre moment. Je n’ai donc pas le goût d’enrichir ce rayon déjà bien garni de la bibliothèque humaine.

    À 40 ans (bien avant si on est précoce comme semble l’être ta génération), un bon matin, on se lève et on comprend qu’on ne deviendra jamais riche, célèbre et puissant en menant le combat pour la beauté et la suite du monde…Moi aussi, je m’imagine parfois être ce passager insomniaque à bord du Titanic, qui a vu l’iceberg au loin, et qui se demande ce qu’attendent le capitaine et son équipage pour donner le coup de barre.

    Que faire alors? Comment soigner cette étrange fatigue qui nous envahit ? Même l’impatience et l’indignation s’épuisent. On se sent comme Sisyphe, mais en plus réussi : car la pierre a grossi depuis Camus; on a de plus en plus de peine à la rouler et on risque de se faire écraser par elle. Apparemment Sisyphe est seul à voir ce que les autres ne voient pas ou ne veulent pas voir. Sisyphe ne pourrait-il pas se détendre un peu, baisser les bras, se divertir, et se la couler douce? D’autant que son entourage l’invite à la fête perpétuelle pimentée à l’adrénaline et à la testostérone. Sisyphe pourrait aussi devenir amer et cynique, manier l’autodérision et l’humour gras, s’improviser animateur de radio-poubelle, dénoncer la naïveté de ses engagements de jeunesse….

    Quelques années après Le mythe de Sisyphe, Camus nous a donné La Peste et le personnage du Dr Rieux. En 1947, le monde se relevait d’une guerre effroyable. Les villes et les âmes étaient en ruines, les signes d’espérance plus rares qu’aujourd’hui. La Peste est une allégorie de notre monde et de ce qui attend les gens lucides. On pourrait y ajouter aujourd’hui quelques personnages mais son contexte et son propos de courage n’ont pas vieilli. À relire dans nos moments les plus sombres!

    Nous avons ici nos Rieux, des gens qui sans vouloir devenir des vedettes ont mené le combat de façon inspirante ou le continuent: Normand Maurice, Frédéric Back, René Dumont, Laure Waridel, Serge Mongeau, Pierre Dansereau, Claude Villeneuve, Daniel Green … et beaucoup d’autres dont les média ne parlent pas.

    Mieux, il se fait des choses :
    http://mcn21.org/
    http://www.cowboysfringants.com/fondation/historique.html
    http://www.lesjardinsdelagrelinette.com/Les_Jardins_de_la_Grelinette/Les_Jardins_de_la_Grelinette.html
    http://www.ecologie.tv/videos/projet-carbone-boreal-quebec-1253.html

    Le chantier est si vaste et le temps presse, je sais…

    Entre l’optimisme et le pessimisme, il y a une position moyenne, celle de l’optimisme reconquis, qui connaît sa fragilité et en fait un pari.

    Bonne année 2012 qui pourrait être celle de l’optimisme patient !

    Yves Pelletier

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