J’aurais voulu parler de la terre qui a soif; ou de de mes fermiers de famille qui, semaine après semaine, me gorgent de verdure et me font goûter du bonheur en feuilles; ou de ces gens allumés qui créent jour après jour leur emploi et mettent à l’avant-scène les merveilles que notre pays produit; ou des embûches ridicules que le «gens d’en haut» ne cessent de mettre dans les pattes des petits parce qu’ils ne comprennent que les gros.
J’aurais voulu expliquer que la vraie vie est en bas, sur le plancher des vaches, et que chaque terroir est unique et précieux, et qu’il faut laisser les petits producteurs chanter leur joie de vivre.
Mais voilà, m’sieur Charest me coupe l’herbe sous le pied et devant les million$ qui pleuvent de partout sur nos têtes, je sens monter en moi ce bon vieux sentiment d’incrédulité : est-ce donc possible qu’en 2012, ceux qui veulent devenir – ou demeurer – les gens d’en haut me prennent encore à ce point pour une cruche? Est-ce donc encore possible qu’il suffise de me promettre 100$ de fournitures scolaires pour espérer me transformer en barreau sur l’échelle du pouvoir?
Comment ça se peut que l’obésité morbide d’un candidat déjà ministre dans sa tête prenne plus de place dans le journal que l’absolue nécessité de changer notre façon de voter pour qu’on entende plus que deux voix entre deux élections?
Depuis Ramsès, l’opinion que les gens d’en haut ont de ceux d’en bas n’a pas évolué d’un iota : on ne connaît rien aux vraies affaires et s’il est de bonne politique de nous laisser gueuler un peu, on sait bien qu’il suffit d’un miroir pour leurrer l’alouette, même si elle est en colère. Et on ne s’en prive pas. Nous sommes ensevelis sous les miroirs qui brillent de mille feux, tellement qu’il faut fermer les yeux si on veut y voir clair.
Devant cette scène désolante, je prends donc la suite de Marc Fraser la semaine dernière pour en appeler à notre esprit critique et à notre intelligence. Il faut leur dire, à tous les wannabe en haut, que nous ne sommes pas dupes. Qu’ici en bas, on voit clair malgré les miroirs. Qu’on voit loin, bien plus loin que dans quatre ans et qu’on aimerait bien ne plus être les dindons de cette farce passée date.
Et comme nous avons la chance d’avoir des poètes qui savent dire les choses, je partagerai une fois de plus les mots de Vigneault qui sont une réponse pour tous ceux qui voudront vous en passer une vite dans les prochaines semaines. Allez faire un tour sur Youtube au http://www.youtube.com/watch?v=1X75FtTHp8U. Écoutez, lisez les paroles et chantez haut et fort : Tu penses que j’m'en aperçois pas?
Ce n’est pas une figure de style. Il faut leur dire, il faut qu’ils sachent, il faut être dans leurs jambes comme des maringouins, têtus et sans concessions, tout le temps, pas juste aux quatre ans.

Ma chère Éliane,
Dans le même billet, une chroniqueure de talent qui met des mots sur mes malaises politiques et un poète qui y ajoute les siens avec sa musique …
On est de plus en plus à s’en apercevoir !!
Tu conseilles d’être les maringouins autour de ces politiciens véreux; je refuse ce rôle ! Je veux être une punaise de lit … pour les empêcher de dormir … !
Merci pour cette chronique inspirante !
Ton ami d’en bas, à côté de la grosse ville
XOX
Cher Richard
Maringouin ou punaise de lit, il faut les suivre partout, et pas juste ceux qui sont véreux. J’entendais Pierre Curzi en entrevue l’autre jour qui expliquait combien elle est confortable, la planète des politiciens, celle où ils vivent quand les portes du parlement se referment et qui les coupe du monde d’en bas. Il faut les ramener sur le plancher des vaches, avec le vrai monde, les sortir de leur confort, tout le temps!
Ma première vraie campagne électorale au Québec. Depuis le début, je n’étais qu’observatrice, aujourd’hui, il faudra compter avec moi, avec mon vote. Je ne pèse pas bien lourd, mais si on s’y met à plusieurs, on va peut-être augmenter le poids. Je ne sais pas si cela va changer, en tout cas je l’espère. Mais n’empêche que ce printemps, j’ai entendu des voix plus jeunes s’exprimer et des plus vieilles les soutenir. Les casseroles, ça sonne pas mal en fait!
Alors c’est vrai que les gens d’en haut sont partout les mêmes dans tous les pays, mais j’ai quand même un peu espoir que les gens d’en bas ne croient plus tout ce qu’on leur dit.
Alors te voilà prise pour te taper les campagnes de deux pays au lieu d’un, sans compter les élections fédérales. Je compatis sincèrement , ça ne doit pas être facile!
Bienvenu dans la gang des gens d’en bas, ça fait plaisir de voir se joindre à nous une amie d’une telle qualité! Et si les casseroles dérangent, c’est bon signe, il faut que nos voix portent. À défaut de pouvoir s’asseoir dans le bureau du ministre, on peut lui chanter la sérénade sous sa fenêtre… Tu penses que j’m'en aperçois pas!
J’ai 63 ans, presque 64. À l’âge de 16 ans j’ai pris une décision ferme en faveur de la souveraineté. C’était alors les débuts du RIN et de son chef Pierre Bourgault. Je suis donc souverainiste depuis presque 48 ans et pas près de changer d’option.
Au primaire, on m’avait appris à chanter le »Ô Canada » la main gauche sur le cœur et la droite, crispée par tant de conviction, le long de ma cuisse. Je devais sans doute être en première année donc avoir 6 ans et j’ai comme prétexte pour cette erreur de jeunesse qu’à cet âge on n’a pas encore l’âge de raison. Du moins selon les données de l’époque, on nous racontait que ça se présentait à l’âge de 7 ans.
J’ai vécu des échecs électoraux pénibles dont 2 référendums qui m’ont brisé les reins et fait plier les genoux mais à chaque fois je me suis relevé et tenu debout droit comme un chêne comme on dit chez nous, Le cœur dans l’eau je persistais inlassablement à croire que la prochaine fois serait la bonne.
Je suis orphelin de pays. Ce pays voisin ne me reconnaît pas et je ne me reconnais pas en lui. On a brûlé, pillé mon drapeau. On m’a fait aussi de fausses déclarations d’amour. On a brimé ma langue et ma culture je ne sais combien de fois. On s’est approprié sans aucune retenue de mes richesses pour quelques malheureux dollars. Mais pas facile pour une nation comme la nôtre d’en arriver à être souverain. Le poète l’a bien compris lui qui écrivait:
Je suis seul de mon équipage/ les gens d’ici sont peu violents
Car ils ont viande sous la dent/ Et ventre plein n’a pas de rage
Je suis depuis fort longtemps immunisé contre tous vos épouvantails mais aussi de vos visions apocalyptiques au lendemain d’un »OUI » au référendum.
Aujourd’hui, j’en suis au point de voir tout ça comme un échec personnel dans ma vie comme si je me sentais un peu responsable de ne pas en avoir fait assez pour gagner ce pays. Je n’ai pas été le plus grand militant mais Dieu sait le nombre de discussions politiques que j’ai engagées avec famille, amis et collègues de travail pour tenter de les convaincre. J’ai fait aussi les grandes manifestations (La St-Jean 68, McGill français, et combien d’autres). Et surtout… surtout… je n’oublierai jamais le jour où, massé parmi tant d’autres au pied de l’hôtel de ville, le général est venu à notre rencontre pour nous dire que ce pays nous appartient et qu’il s’agit en fait de le vouloir.
Bout de ciarge, j’ai tout de même fait mon possible!
Toutes ces années j’ai toujours cru, douté aussi parfois mais jamais je n’ai abandonné. Aujourd’hui je suis las de tout ça mais malgré tout je demeure toujours aussi farouchement convaincu d’avoir toujours eu raison de me battre pour la cause. Je pourrais aujourd’hui faire valoir tous mes arguments que vous connaissez sans doute par cœur comme je pourrais lire les vôtres qui me sont si familiers.
Le 4 septembre prochain j’aurai le choix entre 3 options: Parti Québécois, Québec solidaire et Option nationale. Qu’il me suffise de vous dire que maintenant je me permets bien égoïstement après toutes ces années de voter encore une fois en faveur du PQ qui, à court ou moyen terme, est le seul à mon avis qui me permettra possiblement de voir un jour naître ce Québec dont je rêve tant. Le temps me presse un peu vous le comprendrez et je ne peux me permettre d’attendre Option Nationale ou Québec solidaire pour ce faire. Pas à mon âge. J’ai bien mérité ça non?
Ce sont les jeunes qui vont nous amener ce pays sur un plateau d’argent et nous les plus vieux on sera là bien sûr pour donner un coup de main à nos enfants qui nous ouvriront toutes grandes les portes du pays afin que je puisse enfin le prendre à bras le corps, le vivre à bras le corps, le plus longtemps possible je l’espère.
Salut et merci à vous les Gérald Godin, Félix Leclerc, Pierre Falardeau, René Lévesque et tous ceux qui aujourd’hui nous ont quittés après avoir si farouchement et brillamment défendu la cause.
Quant à moi je continue.
Tonton Pierrô
Ô monPierrô
Comme ton cri du cœur est fort de conviction et riche de vérité! Qu’on soit souverainiste ou non, là n’est pas la question. Il dit toute la désillusion de celui qui attend plus grand que lui et qui jamais ne voit les promesses tenues. Encore une bonne raison de leur dire Tu penses que j’m'en aperçois pas?
Coucou ma Fille,
Et bin je suis fière de toi. comme toujours. tu dis tout haut ce que bien des gens pensent tout bas. Y’a longtemps que l’obésité de ce futur ministre en devenir, je l’avais « sizé ». Pour ce qui est du reste de ton propos tout comme bien d’autres je suis d’en bas qui regarde les « seuzes » d’en haut en trouvant que l’égalité devrait faire parti de notre culture et de notre droit d’humain. Ce n’est pas demain la veille…je m’en suis aperçue…
Alors chante avec nous, que la lucidité éclate et qu’ils n’aient plus la permission de faire comme si on ne s’en apercevait pas.
Salut Éliane,
Tu amènes le débat sur un sujet intéressant: la pluralité des voix dans une démocratie. La démocratie se porte bien lorsque plusieurs idées complémentaires ou parfois divergentes émergent d’une société comme celle dans laquelle nous vivons. À mon avis, le vrai problème c’est l’hypocrisie des politiciens. La plupart du temps, sous de bonnes intentions de changements ou de révolution, nos politiciens pensent d’abord à eux-mêmes et à leurs proches. Il en va du propre de l’homme et aussi la structure de la machine politique fait en sorte que même les personnes qui sont motivées par les meilleures intentions se sentent impuissantes une fois au pouvoir. Il y a tellement d’enjeux divergents et d’argents en jeux que c’est difficile de faire bouger les choses comme il se doit. La plupart du temps si on n’est pas broyé par ses adversaires ce sont ses propres collègues qui brandissent le poignard dans votre dos. Comme le dit la sagesse africaine « la panthère porte ses taches en dehors tandis que l’homme a les siens en dedans ».
J’espère qu’un jour on sera capable de bâtir un monde contraire à la tendance actuelle et où les inégalités vont s’amoindrir entre pauvre et riche.
Alors aux urnes mais j’ai l’impression qu’on va y retourner sous peu avec des millions de dépenses au passage…
Cher Mino
La sagesse africaine est une source d’inspiration immense. Puisses-tu être prophète et que ton souhait de justice sociale se réalise, histoire que nos taches intérieures pâlissent au lavage…