La prémisse du gouvernement sur laquelle repose sa décision d’augmenter les frais de scolarité est celle-ci : les universités québécoises sont sous-financées et il importe que les étudiants fassent leur juste part pour régler ce grave problème.
Les médias ont servilement rapporté ce message sans que personne ne se penche sur le cœur de la question : quel est l’ampleur de ce sous-financement ? Après 13 semaines de grève étudiante, il est assez incroyable qu’aucun journaliste ne semble avoir écrit sur cet enjeu fondamental. On nous parle que de la violence des manifestants et de l’intransigeance des deux partis. Pourtant, il me semble que depuis le temps, il y a une couple d’informations de base qui auraient dû circuler. En voici une :
En 2009, les dépenses globales des universités québécoises par étudiant étaient de 29 941 $. En Ontario, les universités dépensaient en moyenne 25 150 $. Au Canada, la moyenne est de 28 663 $. De quel sous-financement parle-t-on ? Il en coûte plus cher former un étudiant universitaire au Québec que dans le reste du Canada. (source)
Peut-être, finalement, que les étudiants ont raison et qu’avant de monter les frais de scolarité, il y aurait lieu d’améliorer la performance de nos universités ?

Sincèrement, j’en ai assez. Il n’y a pas si longtemps de cela, la petite fille du Bas-du-Fleuve que je suis était encore assise sur les bancs d’écoles. 2008, disons. Ses parents étaient loin, n’avaient pas les moyens de lui payer ses études, comme c’est le cas de beaucoup de parents québécois. Mais j’avais décidé que dans la vie, j’allais réussir. Qu’un jour, je ferais la différence dans la vie de quelqu’un. Une différence positive.
Et j’ai bûché. J’ai travaillé. 3, 4 jours par semaines. Parfois à temps plein. Quand l’université Laval a fait une erreur dans mon dossier, j’ai dû m’inscrire à 6 cours pour finir à temps. Une session à temps plein, avec les fins de sessions qui font brailler, c’est 5 cours. Et je travaillais quand même.
Je ne vous dit pas que je n’ai pas pleuré. Je ne vous dit pas que c’était facile. Je me souviens d’un jour où une amie m’a offert d’aller prendre un café, et j’ai décliné parce que je préférais m’acheter un foutu brocoli. Mes parents,
ils ont aidé, du mieux qu’ils ont pu. Et à toutes les fois que les pots de sauce à spaghetti arrivaient, j’en était bien reconnaissante. Surtout que ma mère aussi, elle était à l’université.
Savez vous quoi, M. Gagnon? Une augmentation de 325$ par année, ça aurait fait une grosse différence, pour moi. Mais je n’aurais jamais abandonné l’université pour si peu. Jamais.
Si une augmentation de 325$ par année pendant 3 ans (parce que je vous rappelle que faire un bacc, ça prend 3 ans, pas 7!) est ton excuse pour lâcher l’école, eh bien c’est dire ton éducation ne vaut que ce montant, à tes yeux. Alors prière de ne pas venir me faire pleurer avec les grands sermons sur la valeur de l’éducation pour une société.
Aujourd’hui, je l’ai, mon bacc. Et je fais un travail que j’aime. Je fais une différence, chaque jour, dans la vie de quelqu’un. Quel honneur. Quel honneur!!!
La première offre du gouvernement (pas la seconde parce que disons-le, la seconde, c’était une ENTENTE), elle aurait pu faire une différence, dans ma vie d’étudiante. Une énorme différence. Dans la mienne, et dans celle de bien des jeunes femmes du Bas-du-Fleuve ou d’autres régions qui n’ont pas la chance de vivre chez leurs parents pendant leurs études. Pour bien des étudiantes qui ont à choisir entre café et brocoli. Pour bien des étudiantes qui, comme moi, partent travailler à 7h le matin, qui filent à l’université à 6h le soir, qui arrivent chez elles vers 10h, qui étudient jusqu’à minuit et qui recommencent le lendemain matin.
Cette offre-là, elle aurait aidé des milliers d’étudiants, dont plein de par chez-nous. Et pendant ce temps, le député de Kamouraska-Témiscouata arborait (fièrement?) son carré rouge. Son parti rejetait du revers de la main l’offre du gouvernement et encourageait le boycott des cours par ces étudiants prêts à sacrifier une demie-année, parfois même une année entière de leur vie, pour 1778$ sur 7 ans…
Lindsay,
Je sais qu’une bonne partie de la population en a assez de ce débat, mais qu’on le veuille ou non, la crise perdure.
Je suis sensible à vos arguments. Je me les sers à moi-même de temps en temps. Moi aussi, je suis assez stupéfait de l’ampleur des sacrifices que certains étudiants semblent prêts à faire pour 1778 $. Mais je suis aussi sensible à la réalité de ces jeunes qui auront à supporter la retraite de millions de babyboomers et les coûts de santé qui iront en explosant, ces jeune à qui on laisse un nature souillée et des ressources naturelles pillées, ces jeunes qui auront à travailler jusqu’à 75 ans avant de pouvoir prendre une retraite et à qui on dit qu’ils «doivent faire leur part». C’est pourquoi j’hésite avant de prendre réellement parti dans ce dossier… je continue à me questionner.
Mais je déplore qu’on parle davantage de la crise et de ses effets visibles que de ses causes ou de ses solutions. C’est pourquoi mon court article vise à attirer l’attention sur l’absence d’information réelle dans le débat.
Je suis d’accord avec toi Nicolas, qu’effectivement les journalistes n’ont pas fouillé le soi-disant sous-financement des Universités….Il aurait été intéressant d’avoir quelques chiffres là-dessus comme tu en as apportés.
Ceux-ci relancent le questionnement sur l’obsession du gouvernement actuel d’augmenter autant les frais de scolarité. Mais comme on dit souvent dans certains conflits, celui-ci est en train de pourrir et de créer moins de réceptivité par rapport à cette question importante de l’éducation. Comme plusieurs le soulignent on serait dû pour une pose et un moratoire sur cette question…
Raymond,
Il est clair qu’on ne trouve plus la sérénité nécessaire d’un bord ou de l’autre pour qu’on en arrive à une solution négociée. J’ignore comment tout cela va finir.
C’est quand même surprenant pour moi de lire des commentaires comme celui de Lindsay, qui ne peut pas s’imaginer pour un instant que ces étudiants ne font peut-être pas la grève pour leur propre bien uniquement. En fait le plupart des éléves universitaires en grève ne seront pas tellement affecté(e)s avant la fin de leurs études. Mais dans ces manifs, et dans les débats, on n’utilise pas le mot « je », a moins que ce soit une manif des verts. C’est une question de société, et des jeunes qui sont maintenant au secondaire et que paieront cette facture de 1778$ de plus en arrivant à l’université. Est-ce si dure a comprendre que des gens ne pensent pas seulement a leur petite vie personelle? Mais si on parlait seulement de vous, Lindsay, comme vous semblez vouloir faire, auriez vous été capable de travailler assez pour payer 1778$ de plus par an pendant vos études? Pensez-y bien, parce que l’élève qui est en secondaire 2 maintenant fera face a ce dilemme, si notre société d’aujourd’hui les laisse tomber..
Oh, je vous dirais que je pense davantage aux étudiants qui se donnent au maximum pour terminer leur bacc le plus rapidement possible, et qui sont bien désespérés de voir qu’il perdront des revenus cet été et qu,ils risquent de se rallonger d’une demi-année à cause d’une minorité étudiante qui n’en a que faire, de l’accessibilité aux études. Et si vous vous en faites vraiment pour l’étudiant de secondaire 2 comme vous le dites, allez consulter l’offre gouvernementale sur la table. Ce sont 50 000 étudiants de plus à travers le Québec qui pourront compter sur l’aide financière aux études alors qu’auparavent, ils n’y avaient pas droit. Mais bien sûr, je n’attends pas de vous d,en être heureux, car l’essentiel, c’est que le gouvernement ait tort… le reste importe peu, n’est-ce pas?
Et puis dites-moi, les associations étudiantes ont décliné une augmentation de l’aide financière aux études, des prêts et bourses pour 50 000 étudiants de plus au Québec, la création d’un comité sur les effets de la hausse. Ils ont décliné également une commission parlementaire sur la gestion des universités (!) et ont dit ce matin qu’un moratoire sur le gel n’était pas suffisant. Ils n’ont pas dû y penser longtemps, au jeune de secondaire 2, non.
L’erreur dans ce débat est de considérer l’éducation comme un bien achetable. Ce n’est pas une télé ou une voiture qu’on s’achète. L’éducation de tous, nous en payons un énorme partie avec nos impôts. Et ceux qui irons à l’université paierons par leurs impôts l’éducation de ceux qui suivront. C’est un choix de société.
Sans compter que dans le plan original sur la hausse des frais de scolarité, le 300 millions récupéré par cette hausse devait être coupé en subventions aux universités. Pourquoi faire porter ce changement de financement à la classe sociale la plus pauvre?
C’est une question de justice sociale très chère Lindsay
Les impôts des entreprises ont diminué presque de moitié depuis le début de la dernière décennie.
Les subventions aux entreprises représentent 3,6 milliards de dollars au Québec, soit deux fois plus qu’en Ontario pour une population beaucoup plus petite, et les impôts des plus riches ont également diminué ces dernières années. Lady but not least, la taxe sur le capital des banques (renflouées par les deniers publics pendant la crise) a été abolie alors qu’elle rapportait largement de quoi financer la gratuité scolaire et donner en plus un peu d’argent de poche aux étudiants! Il me semble normal dans ces conditions que les étudiants qui voient le gouvernement faire des cadeaux aux plus riches, refusent que l’on aille chercher le manque à gagner dans nos poches. Pire encore, on nous demande de nous endetter auprès de ces mêmes banques, qui font 20 milliards de profits annuellement (elles ont doublé leurs profits par rapport à la dernière décennie) pour les enrichir davantage, car le gouvernement reste attaché à son fameux principe anti-social de l’utilisateur payeur.
Jo, ça fait du bien de lire quelqu’un de » conscient « . Moi, j’ai 30 ans, j’habite à Rimouski et mes études sont déjà rembourssées depuis 2 ans. Je suis quand même dans les rues avec les étudiants à tout les vendredis soirs, nous sommes entre 300 et 400 personnes hebdomadairement. Personnellement, qu’il y ait hausse de frais de scolarité ou pas m’affecte en rien car je ne retournerai pas aux études. Tel que mentionné, c’est pour le bien collectif et exprimer ma colère envers le PLQ que je suis dans les rues, car c’est un gouvernement qui favorise le privée au lieu du collectif et ça me dégoûte. Pour un peuple qui paie environ 50% d’impôt, c’est pas normal de baisser les yeux et se taire quand ton élu prend l’argent du peuple et le refile aux entreprise privée. On voit ça un peu partout dans les société capitalistes, il y a le peuple, le 99% qui en arrachent et se fait couper des services et augmenter els taxes sur tout tandis que le 1%, l’élite et le privée se voit diminuer leur impôts et se font subventionné encore plus d’argent, à coups de milliards. Et c’est sans parler du » vol du siècle au Québec « , la privatisation de l’île Anticosti…tout vendu à ses » amis » du privée. C’est un scandale, c’est honteux. Tout la richesse collective de nos ressources, qui, au lieu de servir le 99% avec des hôpitaux en bonne gestion et même facilement la gratuité scolaire comme bien des européens, il préfère vendre tout ça au privée pour le profit de ses amis. Il faut se révolter !!
Correction: je voulais dire last but not least
(maudits correcteurs automatiques!)
Contribution à la réflexion et au débat, et surtout réponse à Mme L. Jacques
Votre préoccupation vient peut-être du fait que vous avez bûcher pour atteindre ce que vous avez réussi. Malheureusement, malgré les bonifications au régime des prêts et bourses dont vous parlez, ceux qui en profiteront le plus, ce sont les banques, par l’augmentation des prêts partout. Certes, il y aura plus de bourses (pourquoi prendre d’une main s’il faut redonner de l’autre?), mais surtout plus de prêts. Il y aurait beaucoup de choses à dire autre que, les 1778$, qu’on les augmente sur une durée de 5 ou 7 ans ne change rien: ça restera un montant annuel de plus à payer, sans que le salaire au bout du compte n’ait augmenté dans des proportions semblables. Je me limiterai à trois éléments de réponse.
1) Je suis maintenant professeur à l’Université et, sans le système des prêts et bourses, je n’aurais jamais pu aller à l’Université. Toutefois, même en ayant terminé mes études en 1999, à une époque où les frais commençaient leur montée significative, je ne terminerai de rembourser mes prêts que dans un an et demi, quand ma fille commencera elle-même le cégep. La hausse actuelle ne constitue pas un investissement et elle hypothèquera l’avenir de plusieurs jeunes familles qui devront rembourser leurs prêts avant « d’investir » dans l’avenir de leurs propres enfants.
2) Voir l’étude de l’excellente étude de la FECQ sur l’endettement étudiant au Québec. Pauvres et régions seront les plus défavorisés car plus réticents au risque des prêts, avec pour résultat une baisse du taux de scolarisation dans les régions où ils est déjà plus bas que la moyenne provinciale (j’habite dans Charlevoix où le taux de scolarisation universitaire est la moitié du taux provincial).
3) Si les frais que vous aviez eu à payer avaient été réduits, vous auriez pu moins travailler à côté et finir plus rapidement et sans toutes ces difficultés que vous évoquez. Il faut regarder du côté de l’Europe où, dans plusieurs pays, l’Université est gratuite ou à très faible cout pour les étudiants. L’erreur dans un tel débat est d’individualiser la réflexion aux dépens des avantages collectifs qu’on peut retirer d’un système.
En conclusion, avec la loi 78, c’est un recul en comparaison de toutes les structures collectives que nous nous sommes donnés depuis les années 1960 et 1970.
ps: ah oui… et, pour ajouter au message initial de N. Gagnon, ailleurs au Canada, ils n’ont pas les cégeps comme ici, gratuits pour la plupart, un énorme avantage pour le Québec!
Bien cordialement,
Je lis tous vos commentaires…le débat est intéressant…mais moi aussi je suis dubitatif sur ce conflit, tant sur les racines réelles de son origine (la hausse des frais de scolarité n’étant probablement qu’un simple prétexte), que sur les finalités (là encore, l’annulation de la hausse des frais de scolarité est-elle reéllement la finalité ?).
Oui je suis dubitatif sur notre jeunesse, celle qui est présentement dans la rue et assidue à manifester (sans casser).
D’un côté, je salue le mouvement de révolte que j’associe à un ras-le-bol contre les grandes tendances dans lesquelles les pays dits développés s’engrouffrent (endettement à outrance, adoption de budgets déficitaires récurrents, centralisation maximum du pouvoir, cynisme de ceux qui détiennent le pouvoir, et de ceux qui le subissent, …), contre un système financier omnipotents (cf la socialisation des pertes et la privatisation des profits), contre une économie de marché détournée de ses fondements (regardons les travers actuels de nos marchés en région…avec des situations de monopoles, des ententes tacites entre entreprises pour découper le territoire en chasses gardées, etc…pour ce qui est des métropoles, ce sont d’autres problèmes…mais où est passée la soi-disant économie de marché dans laquelle nous sommes censés vivre, et surtout, depuis quand c’est le « marché » qui dicte à tout prix les conditions… l’homme (« politique ») a-t-il encore un cerveau pour corriger le « marché » quand ce dernier ne respecte plus l’intérêt collectif, l’éthique…le gros bon sens quoi ! ), contre un système de société obnubilé par le contrôle (l’appareil gouvernemental ne cesse de s’alourdir de nouvelles normes, règles, interdictions,… on dit vouloir alléger le poids de la masse salariale des fonctionnaires, et déléguer les pouvoirs en région, mais je ne vois rien arriver…toujours autant de fonctionnaires en métropole, qui délèguent de plus en plus de tâches en région, et qui controlent, vérifient, revérifient, recontrolent… à croire qu’on est trop colons pour se gérer en région !?), etc… la liste est longue.
D’un autre côté, est-ce que je suis un doux rêveur, et qu’en fait, ces jeunes manifestants dans les rues sont une trollée de d’enfants rois à qui l’ont n’a jamais dit « non » !??…et évidemment, se faire dire « non » certains n’ont jamais connu ca…au pire, on insiste, on chiale, on s’objecte, on se met en colère, on s’insurge, on s’indigne, et on use …jusqu’à avoir un « oui »…celui qu’on a pas mal toujours obtenu en fait…
Alors voilà, je suis en balance…et j’espère bien sincèrement que ca n’est pas la 2ème catégorie de jeunes qui est actuellement dans la rue.
Le courrage sous toutes ces formes Madame Lindsay Jacques, le courrage aussi d’exprimer votre opinion.
J’écoute et j’écoute encore, j’en ai une opinion, mais je me garde de faire la morale à qui que ce soit. Je suis excédé de ces faiseurs de moral condenssendants qui eux ont tout compris et de surcrois peuvent m’expliquer les choses de la vie.
Merci