J’assistais un jour, dans ma vie antérieure d’intervenant communautaire au CLSC Rivières et Marées, à un colloque en santé environnementale. Un panel d’intervenants forts connus internationalement répondait à la question suivante : « quel est le pire risque environnemental à court terme pour la santé humaine ? »
Dans ma tête je fais rapidement le tour des thèmes possibles : l’absence d’eau potable en Afrique, l’usage mal réglementé des pesticides en agriculture ou en milieu urbain, le smog urbain qui pourrit l’air respiré par de millions de personnes…
Un intervenant originaire de France me fait découvrir un aspect très présent dans la vie de tous les jours, dont on ne soupçonne pas l’ampleur de ses effets sur la santé et la qualité de vie. On le considère comme une nuisance, comme un désagrément tannant. Il a cependant des effets nocifs à très court terme sur la santé physique et sur la qualité du travail, sur le stress, bref, j’en fus sidéré sur ma chaise droite de participant!
Imaginez, dit-il, « une voiture avec le pot d’échappement défectueux, qui traverse Paris à trois heures, au beau milieu de la nuit, réveillant plusieurs centaines de millier de personnes !!!!!! »
… le BRUIT!!!!… Le vilain…
D’abord, briser un sommeil réparateur cause un stress qui aura des effets toute la journée qui n’a pas encore commencée et la période de vie qui suit passe à un niveau de qualité inférieur à celle d’une nuit dite normale : des parents irritables et moins patients avec des enfants maussades au déjeuner, qui seront distraits à l’école, des «travaillants» moins performant.
Ensuite, en santé du travail il est bien connu que le bruit, en usine ou sur les chantiers, présente des risques accrus de problèmes cardiaques chez les employés…
Et dans le quotidien, la présence du bruit augmente le stress : il suffit que le réfrigérateur bruyant cesse de fonctionner pour sentir un soulagement.
Les sources bruyantes prolifèrent : le iPod, la télé ouverte à longueur de jour, la musique omniprésente dans les endroits publics, les motos pétaradantes que l’on tente d’exclure de certaines villes ou villages, la petite auto Honda révolutionnant qui circule à pleine épouvante, le bruissement provoqué par les pales d’éolienne trop proche des habitations, etc.
Pour s’en sortir en santé… sans appareils auditifs, sans troubles cardiaques, sans dépressions nerveuses, le bruit doit être considéré comme une atteinte à la santé et à la sécurité des personnes non seulement dans le cadre du travail, mais aussi et surtout lorsqu’il est involontairement présent au quotidien : le vacarme routier peut être réduit par une application plus rigoureuse des règlements de la circulation; les infrastructures industrielles lourdes et nuisibles doivent confinées à des parcs industriels vraiment loin des habitations, par exemple.
Bien sûr que les choix personnels préviennent : fuir les commerces poum-poum, baisser le niveau de son des appareils à la maison ou dedans son oreille…
Mais le respect des autres demeure une règle de vie qui modifie le plus les comportements bruyants. En septembre dernier j’ai fais un voyage et croyez-moi, je n’ai pas entendu de klaxon d’automobile durant deux semaines de vagabondage dans les rues de Salzbourg, Vienne et Prague.

C’est vrai que le bruit peut devenir très agressant et stressant. J’irai même jusqu’à dire qu’il peut changer notre personnalité. J’ai moi-même depuis quelque temps des envies de vengeance depuis qu’une voiture passe devant chez-moi tous les matins avec son silencieux qui n’en est pas un. L’éveil se fait donc à 6h, avec ce bruit, tous les matins de semaine. J’aimerais bien que cette personne lise ce blogue et fasse preuve d’un peu plus de respect au lieu de réveiller le Rang au complet…