Le 1er octobre 2011, Monsieur Lucien Bouchard, président de l’Association des pétrolières et gazières du Québec et conférencier au congrès de la Fédération des chambres de commerce du Québec, déclare « qu’un très grand nombre de membres de l’association m’ont autorisé à dire qu’ils verraient favorablement l’arrivée du gouvernement comme investisseur dans le développement des ressources naturelles et du gaz de schiste ». Il ajoute : « je pense que les Québécois considèrent très important que la collectivité reçoive la plus large part possible du développement de ces richesses. Et que le gouvernement devienne partenaire comme investisseur, ça lui donne une participation directe dans les profits».
Dans le contexte mondial de trouver des alternatives écologiques afin de réduire notre dépendance au pétrole et aux énergies fossiles, investir dans le développement des gaz de schiste s’avère nager à contre courant et risquer de se noyer en eau trouble! Comment justifier une telle proposition après avoir manqué quelques belles opportunités de montrer que notre société peut définitivement s’orientée vers les technologies du futur, dans les filières vertes et durables!
- Lors du débat public entourant la naissance chaotique de la filière éolienne plusieurs groupes de citoyens demandaient à Hydro-Québec de prendre le contrôle de la mise en place de cette « industrie verte » pour fournir au Québec une autre source d’énergie renouvelable… et le développement d’une expertise technologique novatrice et respectueuse des collectivités… Quelques MRC de l’est du Québec ont compris et sont devenus partenaires du privé dans de petit parc éolien…
- Des petites coopératives créés en région pour l’éolien se tournent vers d’autres sources renouvelables comme la biomasse forestière avec le but de développer des chaufferies communautaires, alimentant des édifices publics comme un hôpital, une école, un édifice municipal…
Par ailleurs :
- L’énergie solaire devrait bénéficier du support de l’état afin de rendre accessible cette forme d’énergie, car le Québec jouit d’autant d’ensoleillement que bien des pays européens qui s’y adonne…
- Investir dans les négawatts (l’électricité que l’on ne consomme pas) c’est aussi investir dans l’avenir…
Collectivement s’impliquer financièrement dans le développement des filières énergétiques renouvelables et durables: l’idée est excellente, participer aux profits aussi et, conserver l’expertise développée en cours de route…

Je m’excuse, le commentaire va être long…
Le problème avec le débat sur l’énergie au Québec est qu’il tient rarement compte du fait que la production énergétique est un enjeu mondialisé. Dans ce contexte, débattre des sources de production à l’échelle de notre petite province revêt un intérêt limité. Ainsi, le développement du gaz naturel peut paraître comme un recul au Québec, pour nous qui produisons surtout de l’énergie hydraulique, mais à l’échelle de la planète, ça demeure une bonne nouvelle, dans la mesure où le gaz naturel peut permettre de remplacer des sources d’énergie plus polluantes, comme le mazout ou le charbon.
On a peut-être tendance à l’oublier, mais le charbon est la source de 29 % de toute l’énergie mondiale produite. Le pétrole, c’est 34 %.
La priorité de l’humanité devrait donc être de s’attaquer aux sources d’énergie les plus polluantes et les remplacer par tout ce qui produit moins de gaz à effet de serre. Or, la combustion du gaz naturel produit 40 % moins de CO2 que la combustion de charbon, à quantité d’énergie produite égale.
Bien sûr, l’éolien, le solaire, le géothermique et l’hydraulique sont des sources de production d’énergie idéales à cet égard, mais peuvent-elles vraiment remplacer le pétrole et le charbon à court et moyen terme ?
L’hydraulique ne représente que 6 % de la production énergétique mondial et il est peu probable que cette part puisse augmenter : les meilleurs sites hydrauliques sont déjà exploités partout sur la planète et il n’est pas non plus souhaitable d’avoir un barrage sur chaque rivière.
La production mondiale d’énergie éolienne et le solaire ne représentent ensemble que 0,84 % de l’énergie produite par le pétrole et le charbon. Si on multipliait par 10 la production de ces énergies au cours des 10 prochaines années, ce qui serait très bien, on arriverait à peine à remplacer 8 % du pétrole et du charbon consommé sur terre.
Greenpeace vient de sortir un rapport qui affirme que le bilan environnemental de la biomasse forestière n’est pas si vert que ça. L’organisme rappel aussi que les forets sont déjà surexploitées et qui est illusoire d’y voir une source d’énergie abondante pour l’avenir.
Une des solutions incontournables est de diminuer notre consommation totale d’énergie. Les fameux négawatts sont effectivement la source d’énergie la plus propre et la plus rentable à exploiter. Mais peut-on vraiment diminuer la consommation mondiale d’énergie de 80 % ? C’est le sacrifice qu’il faudrait faire pour éviter de toucher à toute forme d’énergie fossile dans l’avenir.
Dans ce contexte, je suis d’avis que les solutions pour réduire rapidement les gaz à effets de serre sont multiples. Il faut réduire notre consommation, développer sans relâche les énergies renouvelables et exploiter plus intelligemment les énergies fossiles. Si une plus grande utilisation du gaz naturel peut contribuer à diminuer le bilan carbone de l’humanité, je ne suis pas contre qu’on développe davantage cette filière. Il reste à savoir maintenant si l’exploitation des gaz de shale par injection d’eau et fractionnement de la roche est sécuritaire du point de vue environnemental, ce qui n’a pas encore été démontré. Des études récentes montrent même que le gaz de shale serait plus polluant que le charbon parce que son processus d’extraction laisse fuir une quantité importante de méthane directement dans l’air, sans qu’il puisse être récupéré. Mais ça c’est une autre histoire. Mon point est qu’il ne faut pas, je crois, être dogmatique avec le gaz naturel et rejeter en bloc son usage. Bien exploité et bien utilisé, il peut faire partie de la solution.
L’important est de ne pas perdre de vue ce qui doit être l’objectif ultime : réduire le plus vite possible l’émission des gaz à effet de serre à l’échelle mondial. On y arrivera si on est pragmatique…
Nicolas
Je partage tes observations et je veux préciser quelques points en rapport avec la biomasse.
D’abord il faut effectivement faire une priorité des usages avec la biomasse forestière: seuls les résidus de coupe et d’éclaircie pré-commerciale (je suis à faire ce travail sur ma terre à bois) pourraient être utilisés. Il y a là un grand volume non récupéré qui à cependant le mérite d’apporte des matières nutritives aux sols pas toujours riche en forêt. Il faut donc en laissé suffisamment pour maintenir la fertilité. Par ailleurs, le gros défi consiste à la ramasser cette biomasse et la transporté à l’utilisateur. La ressource est là, mais pas facile à utiliser économiquement, à moins d’être situé près d’une entreprise qui produit des résidus de bois lors d’une deuxième ou troisième transformation. Les autres sources de biomasse pour en nommer quelques unes : les foins déclassés suite à une période de mauvaise température lors de la récolte; les papiers et cartons récupérés, mais contaminés lors de la collecte pêle-mêle dans les bacs roulant domestiques.