Il y a quelques jours, j’avais décidé de vous parler des différentes fermetures et faillites dans le KTRB, surtout dans le domaine de la construction et du tourisme. Certains amis proches ont été au cœur de la tempête et cela me chagrine un peu. Aussi, c’est un sujet d’actualité, qui provoque beaucoup de discussions. La preuve, une des personnes qui a été affectée par une de ces fermetures a écrit une lettre d’opinion dans le journal infodimanche du 5 octobre dernier (l’article est dans le bas de la page).
Cet article a suscité beaucoup de discussions dans les médias locaux et dans les médias sociaux. À ce sujet, j’ai eu une conversation très enrichissante avec un des conseillers de la Ville de Rivière-du-Loup, M. Mario Landry. Il voulait en savoir un peu plus sur ma position et sur l’intérêt que je portai à ce billet, lui qui donne énormément de son temps et qui organise une activité qui rassemble plus de 500 personnes.
Une situation touristique plus difficile
Dès le début de l’été, au niveau national, il y a eu une baisse des dépenses consacrées au tourisme. Ceci en grande partie causée par les prix élevés de l’essence. De plus, nous avons eu un été passablement maussade, ce qui a freiné les intentions des touristes. Puis effectivement, il y avait moins d’animation cette année. Il faut aussi tenir compte de la fermeture du traversier, mais il a été rouvert à temps. Certains commerces ont fermé leur porte au centre commercial également, mais la baisse du tourisme ne peu expliquer à lui seul ces fermetures.
Une économie en faible reprise
Pour expliquer les autres fermetures et faillites, il faut se rappeler que la force du dollar a eu un impact négatif sur les exportations. La faible reprise économique aux États-Unis n’a pas encore créé une grande augmentation de la demande des produits de construction et de rénovation. Ceci fait en sorte que les entreprises qui exportaient en majeure partie leur production sont toutes en concurrence dans le marché beaucoup plus restreint du Québec.
Dernièrement, c’est près de 800 emplois dans le domaine du bois que le Bas-Saint-Laurent a perdus. Ce sont des emplois dans des scieries, des usines de transformation et des entreprises de fabrication de produit pour rénovation. Ces fermetures ont provoqué une réduction de la demande locale et régionale, ce qui a dû nuire aux commerces de détail.
Ces nouvelles ont peut-être expliqué en partie les déboires actuels du Mont-Citadelle, même si la problématique est beaucoup plus profonde.
Des organisateurs à bout de souffle et des voisins peu accueillants
Lorsque je suis arrivé ici, il y a deux ans, je suis rapidement entré en contact avec des personnes, qui ont vainement tenté d’animer le centre-ville pendant de nombreuses années. Les obstacles sont nombreux, les autres commerçants se plaignent de la fermeture de la rue Lafontaine. Certains citoyens veulent s’assurer que les spectacles se terminent à 23 h.
Mais le problème majeur pour les festivals, c’est la participation citoyenne. Le fait que ce ne soit pas souvent des Organismes Sans But Lucratif (OSBL) crée aussi certains obstacles.
Dans mon ancienne vie au Lac-Saint-Jean, mon expérience m’a démontré que pour avoir du succès les évènements devaient compter sur les éléments suivants :
- Être un OSBL qui profite d’un grand nombre de bénévoles pour organiser l’évènement;
- Un grand nombre de petits donateurs qui permettent de financer en partie le succès;
- Un petit nombre de grands donateurs qui permettent d’offrir des activités populaires à peu de frais ou gratuites;
- Une gestion rigoureuse pour financer 85 % des dépenses avant la tenue de l’évènement;
- Une gouvernance stratégique rigoureuse qui permet au conseil d’administration de voir plus loin que les opérations quotidiennes;
- Un appui important de la ville pour du financement et des prêts de services.
Pourquoi ce genre de modèle d’organisation ne s’est pas développé avec succès dans la région, je ne le sais pas. Par contre, il ne peut y avoir de succès durable si c’est la Ville qui organise ces activités. Ce n’est pas le rôle de la ville et c’est beaucoup plus profitable d’avoir de nombreux bénévoles pour organiser ce genre d’activités.
Une occasion pour le renouveau
La forêt de conifères âgée doit brûler pour faire pousser de nouveaux arbres. Certains commerces ont connu un été particulièrement achalandé et il y a déjà des preneurs potentiels pour le local du Picolo. Le Vol de Nuit est déjà racheté et même l’hôtel Lévesque fait une cure de jeunesse assez impressionnante avec 4 M$ d’investissements.
Il restera certainement quelques vides à combler dans les prochains mois et prochaines semaines, mais il n’est pas dit que ces localisations ne trouveront pas preneurs, car elles sont toutes en excellent état.
Selon vous, est-ce qu’il plus d’opportunités pour le développement? Est-ce une autre occasion de se frapper dans les mains pour travailler plus efficacement?

Il y a beaucoup d’éléments dans ton article. Je vais me contenter de réagir sur quelques-uns des points que tu soulèves… quitte à être un peu à côté de ton sujet, peut-être.
Je suis moi aussi préoccupé par la situation des commerces au centre-ville et sur la rue Lafontaine. Je pense aussi que le centre-ville n’est pas assez animé et que c’est en partie parce qu’on arrive plus assez à y retenir les touristes. Remarque que c’est peut-être aussi l’inverse : les touristes n’y vont plus parce qu’il n’est pas assez animé.
Dans ce domaine, comme dans plusieurs, tout est affaire de synergie. L’achalandage d’un attrait touristique permet de faire vivre des commerces qui animent les lieux. Une rue animée permet à son tour le succès des événements culturels qu’on y tient. Toute cette ambiance attire les touristes, ce qui permet de faire vivre l’attrait touristique et les commerces, etc…
À mon avis, cette déprime que certains ont remarqué et que tu soulignes ne peut aller qu’en empirant au cours des prochaines années, si rien n’est fait pour corriger la situation, parce que cette synergie dont je parle plus haut est en train de disparaître. En fait, j’ai l’impression que ça fait 30 ans qu’on fait tout pour vider le centre-ville. Pour qu’une véritable synergie entre la culture, le commerce et le tourisme s’installe, il faut une proximité, une concentration d’attraits et de commerces susceptible de créer l’ambiance que recherchent les touristes. Or, depuis 30-40 ans, on ne fait que disperser l’activité économique et culturelle de Rivière-du-Loup sur un territoire toujours plus étendu…
Par exemple, imaginons ce que serait aujourd’hui le centre-ville si le centre des Congrès y avait été construit, plutôt que de l’avoir positionné dans le champ, sur le bord de l’autoroute. Imaginons les retombées pour les commerces du centre-ville si on avait eu un complexe hôtelier du calibre de l’hôtel Universel sur le site de la Calko, à côté des chutes et du centre-ville. Les congressistes fréquenteraient ainsi les restos de la rue Lafontaine au lieu de rester coincés dans le lieu le plus laid de la ville (le boulevard Hotel-de-Ville)… Bien sûr, à courte vue, du point de vue des affaires, la décision d’implanter l’hôtel à l’entrée de la ville se défendait. Mais à long terme, c’est comme ça qu’on tue une ville et que les touristes finissent par partir.
Ce n’est qu’un exemple. Il y en a plein d’autres… Le musée du Bas-Saint-Laurent : qu’est-ce qu’il fait là dans son trou à côté du Mac Donald !? Pourquoi ne le déménagerait-on pas carrément dans l’église Saint-Patrice comme je le suggérais dans un précédent billet ? Voilà une occasion en or de créer la «Synergie» qui manque au centre-ville et de briser le cercle vicieux de la dévitalisation qui s’est enclenché.
Pareil pour le mont Citadelle. Je compatis avec le sort des villages comme Saint-Honoré qui cherchent des moyens de s’en sortir, mais un attrait qui se veut de l’envergure du Mont Citadelle ne peut simplement pas fonctionner au milieu d’un vacuum touristique comme l’est Saint-Honoré. Comme le disait si bien je ne sais plus qui (plein de monde en fait), les trois choses qui comptent en affaire, c’est (dans l’ordre) le site, le site et le site.
Ainsi, au lieu d’investir 7 millions dans un éléphant blanc, le gouvernement aurait mieux fait d’investir là où c’est possible de créer un PÔLE touristique, là où une synergie peut s’installer et créer un effet d’entraînement. Imaginons les retombées touristiques d’une tyrolienne géante implantée au parc des chutes qui passerait au dessus de la rivière pour mouiller les touristes au passage : succès garanti !
Bref, je suis inquiet. Je pense que la morosité observée n’est que le fruit des erreurs passées. Et à chaque fermeture de commerce dans le centre-ville, c’est le cercle vicieux de la dévitalisation qui s’enclenche un peu plus.
Il faut donner un grand coup pour redresser le centre-ville. Au cours des prochaines années, deux grandes opportunités de développement doivent servir à renforcer son attrait : le redéveloppement du site de la Calko et la conversion de l’église Saint-Patrice.
Merci Nicolas pour le commentaire.
En effet, il y a beaucoup d’éléments, mais il y a eu beaucoup de fermetures. J’ai cru bon qu’on s’y attarde quelques moments.
Il est vrai que même si on tente d’implanter un site touristique du même genre que le Village Val Cartier à Blanc Sablon, il n’attirera pas autant de visiteurs qu’il n’en attire présentement. Val Cartier ne s’est pas construit en 1 jour non plus, je me rappelle étant plus jeune qu’il n’y avait pas autant de glissades qu’aujourd’hui.
Par contre, les problèmes du Mont Citadelle ne sont pas seulement des problèmes de température de l’été ou de localisation. Il est vrai que c’est à un peu moins de 40 km de Rivière-du-Loup et que le trafique passant par la 85 pour se rendre au Nouveau-Brunswick n’est pas toujours enclin de s’arrêter. Cependant, nous savons maintenant que des dépassements de coûts est ce qui met le plus en danger cet attrait touristique.
Je ne m’y connait pas beaucoup dans ce qui a été décidé au fil des ans pour le développement urbain de Rivière-du-Loup. Je sais, pour avoir arpenter le parcours du projet Fraserville, que les seigneurs Fraser ont fait en sorte que le plan d’aménagement de Rivière-du-Loup à été suivi rigoureusement jusqu’à 50 ans après sa première ébauche. Ce n’est pas facile de dicter l’urbanisation. A la fin des années 70 et début, ce fut les centres commerciaux qui ont enlevé une partie de la clientèle des rue principales. Depuis la fin des années 90, ce sont les commerces à grandes surface qui prennent le pas. Parce que ce genre de commerce prend énormément de terrain, il est utopique de croire que l’on pourrait en voir près des centres-ville.
Je ne crois pas que l’emplacement de Calko soit tout désigné pour un hôtel. En fait n’importe quel hôtel qui n’est pas localisé directement sur le bord de l’autoroute peut faire faillite. Même ceux qui sont sur le bord de la route n’ont pas la même signalisation routière qu’aux États-Unis. Lors de mon dernier voyage là-bas, j’ai vu comment il était simple de repérer les points cruciaux pour un visiteur : essence, restaurants, hôtels et attraits. Bref, il faut faire beaucoup de détours pour se rendre au centre-ville de Rivière-du-Loup.
Est-ce que ce pôle touristique sera autour des transformations que l’on voit au Quai du Traversier?
Qu’est-ce qui fait qu’un site ou un lieu devient attractif?
Présentement, je crois beaucoup aux efforts du Marché Public sur la rue Lafontaine. C’est régulier, cela attire beaucoup de gens et nous voyons apparaître un changement dans les habitudes. Est-ce cette offre couplée à d’autre aura un effet au niveau touristique dans les prochaines années? Je crois que oui.
Voici un texte fort d’actualité par les sujets abordés.En rafale,je dirais que les éléments soulevés par Pascal,concernant l’organisation d’activités estivales sont intéressantes.
Les commentaires de Nicolas sont très judicieux sur la dévitalisation du centre-ville et il sera nécessaire de donner un bon coup de barre.La vitalité des commerces à Riv-du-Loup ne peuvent être liés principalement à l’industrie touristique,mais à un marché local et régional ,à des besoins présents, et à un caractère innovateur tout en assurant d’une clientèle potentiel . Il faut aussi une bonne capacité de renouveau.
Concernant le Mont Citadelle,c’est de valeur, mais je ne comprends pas encore pourquoi ce projet a été mis de l’avant et quand l’on parle de celui-ci à plusieurs personnes ,peu y croyait….Est-ce que les leaders politiques et autres intervenants ont manqué de sens critique face à ce projet…Je suis très sensible et préoccupé par le développement des municipalités rurales ,mais il faut viser la réalisation de projets novateurs et réalistes aussi!
Merci Raymond pour ton commentaire.
Il semble que ceux qui se sont rendu au Mont-Citadelle ont été assez surpris de l’offre sur place. La température n’a pas aidé, mais je ne pense pas que ce fut un investissement sans raison.
Même le montant investi n’est pas réellement énorme pour ce genre d’équipement. A titre comparatif, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean va fêter son 175e anniversaire de création avec un budget de 12 million de dollars. Ceci pour des activités qui vont durer au maximum 1 an!